Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Un bref portrait de Roger Brunet

Je suis en train de revoir un article à paraître dans les actes du colloque de la Société d'histoire et d'épistémologie des sciences du langage (SHESL), Modèles et modélisations en sciences du langage, de l’homme et de la société. Perspectives historiques et épistémologiques (2014). Ce texte, consacré au rôle de la "graphique" dans la modélisation en géographie, est l'occasion de préciser et de rendre publiques des analyses que je développe depuis 20 ans à propos de l'histoire de l'analyse spatiale. Une fois n'est pas coutume, la perspective sémiologique n'est pas centrée sur l'expression discursive mais sur l'image. C'est aussi mon premier texte dans une perspective résolument internationale, examinant des circulations entre géographies américaine, anglaise et française.  La première partie se focalise sur l'émergence du terme "model" dans la géographie anglophone. La deuxième examine le statut et les propriétés d'un certain nombre d'élaborations graphiques associées au développement de la modélisation spatiale aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Le troisième explore la façon très particulière dont Roger Brunet a excipé de cela la proposition que l'on pouvait développer une modéliation à proprement parler graphique. Il y a un double mouvement derrière cette architecture : l'un consiste à montrer comment une virtualité relativement annexe (illustrer une élaboration mathématique par une schématisation) a été progressivement rendue iconique, du fait des propriétés de l'image et de son statut particulier en géographie ; l'autre tend à montrer que la fameuse "syntaxe spatiale" proposée par R. Brunet ne peut se comprendre que replacée dans un cadre plus large (là où trop de commentateurs myopes ont érigé sa "table des chorèmes" en table de la Loi ou en puzzle carcéral, en en gommant l'historicité).

M'adressant à des non-spécialistes, j'ai rédigé un encadré sur Roger Brunet donnant quelques informations sommaires sur sa trajectoire. C'était aussi une façon de ne pas enfermer sa vie dans le geste analytique de l'épistémologue. Il s'agissait également d'exprimer peu ou prou ma sympathie profonde pour un homme qui a profondément marqué la géographie française de la deuxième moitié du XXe siècle, alors que les jeunes générations le connaissent moins bien et que le grand public est peu au fait de son travail. L'article étant très long, il m'a été demandé de rogner ce qui pouvait l'être. Les collègues ont trouvé que cet encadré était peut-être dans une trop grande sympathie pour l'homme et c'est ce qu'ils m'ont demandé de retirer au premier chef. Comme je n'avais pas envie qu'il disparaisse complètement, je le republie sur mon blog. Je ne sais pas trop à qui cela pourra servir, mais les automates d'internet sont fouineurs.  Comme over-blog m'empêchait de présenter cela à ma guise (le texte débordait à droite), j'ai créé une page ad hoc.


Voir la page


J'ai maintes fois exprimé mon désir d'écrire un jour quelque chose de conséquent sur Roger Brunet (un livre ? une succession d'études ?). Gageons que cette brève présentation et mon travail à l'occasion de cet article seront les premières pierres apparentes de cette élaboration. J'assume en tout cas toutes les sympathies et antipathies qui s'y expriment. La seule chose qui me laisse de marbre est le prix Vautrin-Lud, qui a trop souvent couronné une notoriété plutôt qu'une œuvre conséquente (et non, je ne donnerai pas de noms !).

Voir les commentaires

Émission de radio sur les "années 68" des SHS

Je suis invité aujourd'hui, aux côtés de Bruno Fuligni par Brice de Villers sur Fréquence protestante pour discuter (en ce qui me concerne) du numéro de revue Les "années 68" des sciences humaines et sociales. L'émission sera diffusée le 14 mars à 19h00 et réécoutable en podcast ultérieurement.

Voir les commentaires

L'anthropologie et les matérialités de la race, à paraître

Le prochain numéro de la Revue d'histoire des sciences humaines (n° 27), à paraître en juin 2015, portera sur "L'anthropologie physique et les matérialités de la race". Il explorera la facétieuse (?) passion des savants européens de l'époque coloniale pour les crânes, leur signification raciale et leur inscription matérielle. L'envers, la face sinistre de cette histoire, ce furent ces pillages de sépultures et d'objets rituels, cautionnés par un sentiment de supériorité insondable et rendus possibles par une domination politique sans failles.

 

Présentation du dossier (Ricardo Roque)

Ce dossier explore l’importance de la vie matérielle dans la construction de la race comme artefact scientifique produit par l’anthropologie physique. Il rassemble un éventail d’études historiques relatives aux sciences raciales au temps de leur âge d’or (XIXe - XXe siècles). Elles analysent les nombreux truchements par lesquels la matérialité amène — ou non — à la vie les « races humaines ». Les théories, épistémologies, et visions du monde raciales sont ici approchées à travers leurs manifestations dans les corps et squelettes humains, l’instrumentation anthropométrique, les archives, les espaces muséologiques, et les rencontres sur le terrain. Ce dossier adopte la notion de « matérialités de la race » comme outil heuristique, sensibilité méthodologique et objet empirique, englobant trois grandes dimensions de la vie matérielle dans la pensée raciale : les artefacts, les corps humains, et les lieux. Par conséquent, ce dossier met au défi les historiens de l’anthropologie de combiner les pratiques de l’histoire intellectuelle et les histoires matérielles de la race.

 

Sommaire

 

Introduction. L'anthropologie physique et les matérialités de la race

Ricardo Roque

 

Confronting “hybrids” in Oceania: field experience, materiality, and the science of race in France

Bronwen Douglas

 

(Re)connaître l’homme primitif : savoir anthropologique, préconceptions et situations locales à Sulawesi, 1892-1906

Serge Reubi

 

Faces from the Netherlands Indies. Plaster casts and the making of race in the early twentieth century

Fenneke Sysling

 

À propos de cent trente-cinq crânes de Papous : A. B. Meyer et la controverse autour de la craniologie

Hilary Howes

 

‘A little history attached to them’ : authenticité et crédibilité du témoignage matériel dans les collections anthropologiques, 1850-1900

Ricardo Roque

 

Document

Sur les soutenances de thèse de C. Lévi-Strauss et P. Métais. Lettre de M. Jean-Brunhes Delamarre à A.-G. Haudricourt (20/06/1948)

 

À propos de la lettre de M. Jean-Brunhes Delamarre à A.-G. Haudricourt du 20/06/1948

Jean-François Bert

 

Varia

Pour une théorie évolutive humaine. Armand de Quatrefages, la formation des races et le darwinisme au Muséum national d’histoire naturelle

Claude Blanckaert

 

Comptes rendus

* Jean-Luc Chappey, Carole Christen et Igor Moullier (sous la direction de), Joseph-Marie de Gérando (1772-1842). Connaître et réformer la société (Collection Carnot), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2014, 341 p.

par Catherine König-Pralong

* Pierre-Henri Castel, La fin des coupables. Obsessions et contrainte intérieure de la psychanalyse aux neurosciences, suivi de Le cas Paramord, Paris, Ithaque, coll. « Philosophie, anthropologie, psychologie », 2012.

par Florent Serina

Voir les commentaires

Géographies entre France et Allemagne

Sous le titre "Géographies entre France et Allemagne. Acteurs, notions et pratiques (fin XIXe siècle - milieu XXe siècle)", quelques collègues de mon équipe viennent de publier un numéro thématique dans la Revue germanique internationale. Ils sont le fruit d'un travail collectif amorcé dans les années 2008-2010, alors qu'un programme du ministère des Affaires étrangères avait permis des rencontres avec des collègues de Leipzig. J'en ai fait partie un temps, mais n'ai pas trouvé le temps de concrétiser. J'ai promis d'en faire un compte rendu dans la RHSH (pour le n°28, vraisemblablement). J'en ai déjà lu plus de la moitié et en trouve la lecture fort stimulante. En attendant la rédaction de mon analyse, je recopie ci-dessous l'argumentaire du numéro et sa table des matières. 

 

Les entraves posées aux circulations des chercheurs dans les contextes de guerre et les rivalités ouvertes en périodes de paix pourraient laisser supposer une moindre circulation internationale des idées entre les géographies universitaires françaises et allemandes de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle. Pourtant, la « référence allemande » dans le champ scientifique français en général et dans le champ de la géographie en particulier n’en est pas moins forte à partir de la fin de la guerre de 1870 – au contraire.

Partant de ce constat, ce numéro thématique de la Revue germanique internationale vise à interroger le rôle et les formes prises par les circulations scientifiques transnationales dans la production géographique. Les textes réunis dans ce numéro n’ont pas pour prétention d’englober la totalité de la recherche internationale, ni de dresser un panorama exhaustif des études relatives à l’histoire des géographies françaises et allemandes. Ils mettent en revanche l’accent sur la diversité des mécanismes et des opérations sociales impliqués par les circulations de textes, de notions et de pratiques ainsi que sur l’ambivalence des relations intellectuelles entretenues entre géographes des deux pays à cette époque.

 

Sommaire

Ségolène Débarre

Introduction

Marie-Claire Robic

La réception de Friedrich Ratzel en France et ses usages au temps de l’installation de la géographie à l’Université (années 1880-1914)

Gaëlle Hallair

Siegfried Passarge dans la Bibliographie Géographique Internationale : mécanismes, enjeux et acteurs de la réception d’un géographe allemand en France

Denis Wolff

Albert Demangeon, l’Allemagne et les géographes allemands : entre admiration et appréhension, ouverture et vigilance, une relation complexe (1902-1940)

Nicolas Ginsburger

Deux collègues géographes en Anatolie ? Parcours, méthodes et analyses de terrain des professeurs Ernest Chaput et Herbert Louis en Turquie (1928-1939)

Géraldine Djament-Tran

Révolution scientifique et circulations en géographie : Christaller et la genèse transnationale de l’analyse spatiale

Pascal Clerc

Des connaissances pour l’action. La géographie coloniale de Marcel Dubois et Maurice Zimmermann

Nicolas Ginsburger

Une école allemande de géographie coloniale ? Géographes universitaires et fait colonial dans l’enseignement supérieur allemand (1873-1919)

Ségolène Débarre et Nicolas Ginsburger

Geographie der Kolonien, Kolonialgeographie ? Théorisation et objectifs de la géographie coloniale dans les leçons inaugurales de Fritz Jaeger (1911) et Hans Meyer (1915)

Fritz Jaeger

Leçon inaugurale de Fritz Jaeger, à l’université de Berlin, le 10 mai 1911

Hans Meyer

Leçon inaugurale de Hans Meyer, à l’université de Leipzig, le 12 juin 1915

 

 

 

Voir les commentaires

Séminaire Les écritures du géographique

Les écritures du géographique
Séminaire mensuel


Pascal Clerc, Maître de conférences à l’ESPE de Lyon, EHGO
Olivier Orain, Chargé de recherche au CNRS, EHGO
Muriel Rosemberg, Maître de conférences à l’UPJV, EHGO


Séminaire mensuel de février à juin, le vendredi de 10h à 13h (à l’exception de la séance introductive qui se tiendra un jeudi)
Lieu : EHGO-Géographie-cités, 13 rue du Four, 75 006 Paris (3ème étage, bibliothèque)


Ce séminaire entend développer l’investigation des formes savantes de l’écriture géographique en les mettant en contact et en tension avec d’autres formes de textes qui portent également des modalités de connaissance ou de questionnement géographiques (le sentiment paysager, le rapport aux lieux ou à l’espace, le devisement régional, etc.) : l’écriture de fiction sous tous ses registres, mais aussi le texte descriptif, le récit de voyage, l’essai, ou encore les écrits intimes. On fait en effet l’hypothèse que les formes d’écriture savante ne procèdent pas seulement d’un formatage disciplinaire, mais tout autant d’une matrice culturelle dans laquelle s’inscrit l’activité scientifique. Les choix d’écriture du monde savant (dispositifs rhétoriques, références culturelles, postures et genres scripturaires) seront dans cet esprit mis en perspective avec des pratiques d’écritures artistiques (et des réflexions sur ces pratiques) qui leur sont contemporaines.
Les écritures : le pluriel renvoie à la diversité des langages textuel et iconique (photographie, cinéma, cartographie, schématisation) et des dispositifs qui les combinent de façon variée. En ne privilégiant aucun type d’écrit, on vise à centrer le questionnement sur le geste d’écriture en tant que lieu d’élaboration d’une pensée, et sur les relations entre formes d’écriture et conceptualisation géographique. On s’attachera ainsi aux dessous de l’écrit en interrogeant la présence dans le texte des conditions de son élaboration (les marques de l’activité de recherche, de pensée ou d’écriture) ou en explorant un genre comme l’écrit intime (textes de géographes qui n’étaient pas destinés à la publication, tels la correspondance ou les carnets de voyages).

 


Jeudi 26 février 2015
Pascal Clerc, Olivier Orain et Muriel Rosemberg (EHGO - UMR Géographie-cités)
Les dessous de l’écrit : la présence de l’activité de recherche, de pensée ou d’écriture dans le texte

Vendredi 27 mars 2015
Samuel Thévoz (Fonds national suisse de la recherche scientifique)
Toposensibilités: enjeux de géographie littéraire.

Vendredi 15 mai 2015
Muriel Rosemberg (EHGO - UMR Géographie-cités)
L’écriture essayiste

Vendredi 12 juin 2015
Théo Soula (EA Patrimoine. Littérature. Histoire, Toulouse 2)
Géographie de la phrase : la spatialité comme principe d'écriture chez Jacques Réda ?

Le séminaire d’Avril est remplacé par les Journées d’études géolittéraires qui se tiendront les 20 et 21 à l’Institut de Géographie, rue St-Jacques (voir annonce sur le site de l’UMR Géographie-cités)

Voir les commentaires

Les années 68 des sciences humaines et sociales

Après des années à chercher le bon endroit pour publier les actes du colloque de 2008, après trois ans à trouver aussi un repreneur pour la Revue d'histoire des sciences humaines, l'une et l'autre quête ont trouvé leur accomplissement en un numéro de la renaissance (pour la revue). J'essaierai de faire un autre post de blog pour raconter cette histoire.

 

 

L'étude de Mai 68 a été profondément renouvelée depuis 20 ans. Mais en matière d’histoire des sciences humaines, on en est resté à des évidences : pour certains, il ne fait pas de doute que la physionomie du champ a été bouleversée, pour d’autres ce n’est qu’écume à la surface d’un océan. Les contributions réunies dans ce volume prennent au sérieux la question de l’incidence des « années 68 » sur les parcours des individus, des groupes et des disciplines, participant de ce que l’on n’appelait pas encore les « SHS » (sciences humaines et sociales). La focale varie d’un article à l’autre. Elle est micro historique quand elle s’attache à des lieux, des revues, des institutions, saisis dans leur singularité. Elle adopte une échelle disciplinaire quand, dans le cas de la géographie, les « événements » allemands et français sont mis en parallèle. Le dossier se fait l’écho des intenses débats et remises en question qui ont alors eu lieu dans d’innombrables mondes sociaux ou professionnels, humeur à laquelle les scientifiques n’ont pas échappé. Il dépeint une époque passionnément attachée aux expériences collectives, éphémères ou pérennes, à rebours d’un cliché trop rabâché sur l’individualisme que notre époque aurait hérité de 68. Au détour d’analyses générales, c’est toute la force du verbe et l’inventivité de l’image que l’on a tenté de convoquer, dont les « années 68 » ont été particulièrement prodigues.


SOMMAIRE

Éditorial

Wolf Feuerhahn et Olivier Orain
 

Dossier : Les « années 68 » des sciences humaines et sociales
 

Introduction
Olivier Orain

Excellence sociologique et « vocation d'hétérodoxie » : Mai 68 et la rupture Aron-Bourdieu
Marc Joly

Mai 68 et la sociologie. Une reconfiguration institutionnelle et théorique
Patricia Vannier

Critique et discipline. Les convergences entre la critique radicale et la sociologie des sciences à partir de Mai 68
Renaud Debailly

Mai 68 et la sociologie des sciences. Les revues sur les sciences et la société, symptôme des restructurations disciplinaires
Mathieu Quet

La psychosociologie des groupes aux sources de Mai 68 ?
Annick Ohayon

Les deux 68 de la psychiatrie
Jean-Christophe Coffin

La revue Actes : le droit saisi par le regard critique dans le sillage de 68
Liora Israël

Architecture et sociologie : matériau pour l’analyse d’un croisement disciplinaire
Olivier Chadoin et Jean-Louis Violeau

Les « enfants terribles » de la Landschaft. Revendications, contestations et révoltes dans la géographie universitaire ouest-allemande (Bonn, Berlin-Ouest, Kiel) en 1968-1969
Nicolas Ginsburger

Mai 68 et ses suites en géographie française
Olivier Orain

Une fertilisation paradoxale. Bilan historiographique de l’incidence de Mai 68 sur les transformations des sciences de l’homme et de la société dans les années 1960-1970
Olivier Orain

Document : Propositions destructives

À propos de « Propositions destructives »
Olivier Orain

Varia


Convergences, transferts et intégrations entre sciences du langage, sciences et ingénierie en temps de guerre et de guerre froide (1941-1966)

Jacqueline Léon

 

Voir les commentaires

Les conceptions de la science et leur traduction en géographie

Depuis septembre 2012, ma conférence introductive de master 1 s'intitule « Les conceptions de la science et leur traduction en géographie ». Cette introduction épistémologique et historique était  auparavant organisée autour des étiquettes réalisme, positivisme et constructivisme, que j'évoque encore, mais sans les mettre au premier plan. Sur le fond, il s'agit toujours de procéder à un balayage des différentes façons de faire science en géographie. Mais la dimension de mise en perspective historique s'impose plus aisément. En outre, le cours se rapproche davantage de mon texte La géographie comme sience, qui pourra servir d'approfondissement direct, en compagnie des autres textes du volume Couvrir le monde (voir la biblio plus bas). Il y a néanmoins des différences importantes entre le texte écrit et la conférence, laquelle change d'année en année en fonction de l'auditoire et de l'humeur du moment.

 

« Les conceptions de la science et leur traduction en géographie » est donc une conférence de quatre heures dont le propos est d'indiquer comment les géographes ont mobilisé différentes conceptions épistémologiques depuis que la discipline s'est institutionnalisée sous une forme universitaire (à la fin du XIXe siècle dans nombre de pays occidentaux). Ne pas parler directement de « conceptions de la science en géographie » est une façon de mettre l'accent sur le caractère hétéronome (c'est-à-dire dépendant de scènes savantes et intellectuelles plus vastes) des dites conceptions. Et parler de « traduction » met en valeur l'idée d'acclimatation ou d'hybridation par les géographes de conceptions circulant dans la société. Car les grands systèmes de normes scientifiques sont toujours l'objet d'ajustements spécifiques, écarts ou libres interprétations, qu'il est intéressant d'examiner à plusieurs titres : pour ce qu'ils révèlent des spécificités disciplinaires ; pour illustrer ce bricolage qu'est souvent la science en acte ; enfin pour mettre en relief par contraste la fonction légitimante et a priori des normes de scienticité circulant globalement dans une société ou dans un univers savant particulier.

Suivant un fil grosso modo chronologique, le développement est structuré en quatre points :

1/ La géographie à l'heure du « disciplinaire », centré sur la France et la cristallisation des valeurs scientifiques de la géographie dite parfois « classique ».

2/ La remise en cause néo-positiviste suit le mouvement de remise en cause épistémologique, d'abord  aux États-Unis durant les années cinquante, puis en Europe (pour l'essentiel dans la décennie 1970, sauf au Royaume-Uni)

3/ Concilier science et critique politique ? étudie la façon dont l'humeur contestataire de la fin des années 1960 a débouché soit sur une forte tension entre épistémologie néo-positiviste et posture dite critique (situation américaine) ou au contraire sur une convergence entre les critiques épistémologique et politique (situation française, ou encore allemande). Il s'agit en outre d'insister sur la reconstruction a posteriori qui consiste à opposer les différentes formes de géographie contestataire (marxiste et autres) et une mouvance « théorique et quantitative », supposé légitimiste et compromise avec le pouvoir.

4/ Un pluralisme ambivalent intègre les diverses injonctions (phénoménologique, culturaliste, postmoderne, constructionniste, etc.) qui sont venues diversifier davantage encore — mais avec de forts contrastes nationaux — les horizons épistémologiques des géographes. 

 

À défaut de développer plus avant un cours rédigé, je voudrais indiquer brièvement la bibliographie qui permet de faire des approfondissements sur différents aspects du cours.

Les livres qui adoptent largement la même perspective d'épistémologie historique et d'histoire de la géographie, mais exclusivement pour le cas français, sont donc :

ROBIC, M.-C., GOSME, C., MENDIBIL, D., ORAIN, O., TISSIER, J.-L., Couvrir le monde. Un grand XXe siècle de géographie française, ADPF (diff. La documentation française), 2006.

... auquel je me permets d'ajouter mon livre, d'un abord plus ardu, mais qui suit la plupart des développements du cours (sauf le dernier) (à consulter en bibliothèque le cas échéant) :
ORAIN, O., De plain-pied dans le monde. Écriture et réalisme dans la géographie française au XXe siècle, Paris, L’Harmattan, « Histoire des sciences humaines », 2009.

 

On pourra compléter avec d'autres travaux :

1°) Sur la géographie « classique », je me suis beaucoup inspiré d'un article de Catherine Rhein (1982), consultable en ligne, qui analyse magistralement la façon dont le groupe des « vidaliens » a imposé sa définition de la discipline et son leadership entre les années 1870 et le début du XXe siècle. L'analyse du programme d'écologie humaine a, elle, été menée de main de maître par Marie-Claire Robic dans sa partie du livre Du Milieu à l'environnement et quelques articles. Sur le programme idiographique ou chorographique, la littérature est moins abondante, mais on trouve des analyses éclairantes chez Jean-Marc Besse (1996). Pour un panorama plus européen, je recommande l'article d'Horacio Capel (1981). Enfin, on trouvera une grande richesse de détails et d'analyse dans le livre de Vincent Berdoulay, La formation de l'école française de géographie, même si son dernier chapitre (sur un présumé « néo-kantisme » de la géographie classique) est très discutable (dans l'idée et dans le traitement).

BERDOULAY, V., 1981, La formation de l'école française de géographie (1870-1914), Paris, Bibliothèque Nationale, C.T.H.S. ; rééd. C.T.H.S., coll. « Format », 1996.

BESSE, J.-M., 1996, « Les conditions de l’individualité géographique dans le Tableau de la géographie de la France », dans Robic, M.-C. (dir.), Le Tableau de la géographie de la France de Paul Vidal de la Blache. Dans le labyrinthe des formes, p. 229-249.
CAPEL, H., 1981, “Institutionalization of geography and strategies of change” in STODDART, D.P., (ed.), Geography, Ideology & Social Concern, Oxford, Blackwell, VI, p. 37-69.
RHEIN C., 1982, « La géographie, discipline scolaire et/ou science sociale ? 1860-1920 », dans Revue française de sociologie, XXIII, p. 223-251.
ROBIC M.-C., 1990, « La géographie humaine, science de la vie » dans REED (Stetie info), p. 6-9.
ROBIC M.-C., 1991, « La stratégie épistémologique du mixte. Le dossier vidalien » dans Espaces-Temps, n° 47-48, p. 53-66.
ROBIC M.-C., 1992, dir., Du milieu à l’environnement. Pratiques et représentations du rapport homme/nature depuis la Renaissance, Paris, Économica, Livre II, p. 125-199.

 

2°) Sur la remise en cause néo-positiviste et l'émergence d'une géographie critique, il n'existe malheureusement pas beaucoup de textes à la fois facilement accessibles et scientifiquement satisfaisants, en particulier parce que l'historicisation de ces phénomènes n'a été réalisée que de manière très incomplète. Une thèse est en cours, consacrée au mouvement théorico-quantitativiste francophone (par Sylvain Cuyala), mais les résultats n'en sont pas publiés. Sur le cas américain, on pourra se référer aux textes, déjà anciens et très polémiques, de Derek Gregory (1978) et Ron Johnson (1979). Concernant le cas français, je complète les références générales avec quatre textes complémentaires.
Derek GREGORY, 1978, Ideology, Science and Human Geography, London, Hutchinson.
Ron JOHNSTON, 1979, Geography and geographers, London, Edward Arnold.
J.-M. BESSE, « L’analyse spatiale et le concept d’espace — une approche philosophique », dans J.-P. Auray, A. Bailly, P.-H. Derycke & J.-M. Huriot, dir., Encyclopédie d’économie spatiale. Concepts, comportements, organisations, Paris, Économica, 1994, p. 3-11.
O. ORAIN, « Démarches systémiques et géographie humaine » (disponible en ligne), dans M.-C. Robic, dir., Déterminisme, possibilisme, approche systémique : les causalités en géographie, fascicule III, Vanves, CNED, 2001, p. 1-64.
D. PUMAIN & M.-C. ROBIC, « Le rôle des mathématiques dans une « révolution » théorique et quantitative : la géographie française depuis les années 1970 », Revue d’histoire des sciences humaines, n° 6, avril 2002, p. 123-144.
M.-C. ROBIC, « Walter Christaller et la théorie des lieux centraux. Die zentralen Örte in Süddeutschland », dans C. Topalov & B. Lepetit, dir, La ville des sciences sociales, Belin, « Histoire et société / Modernités », 2001, p. 151-190.

 

3°) Il me semble que les textes d'opportunité consacrés à la géographie culturelle, aux approches « humanistes », aux différents "turns" de la géographie anglophone ou au postmodernisme manifestent une assez faible distanciation par rapport à ce qu'ils ont à traiter, signe sans doute que la bonne distance historiographique n'a pas encore été trouvée. On pourra signaler un dossier assez inégal de l'Espace géographique sur la « géographie postmoderne » (2004 / n° 1), un autre des Annales de géographie intitulé « Où en est la géographie culturelle ? » (2008, n° 660/661), oscillant pour les textes se voulant « épistémologiques » entre des postures diverses (apologétique chez certains, « donneuse de leçons » chez d'autres, confuse chez d'autres encore) et souvent frustrant. Les éléments les plus intéressants (en français) se trouvent sans doute dans l'anthologie :

J.-F. STASZAK et alii, Géographies anglosaxonnes : tendances contemporaines, Belin, coll. « Mappemonde », 2001.

 

Je compte rajouter ultérieurement une rubrique "références épistémologiques générales".

 

Voir les commentaires

De plain-pied dans... les étagères

À force de faire autre chose, j’en viendrais à oublier l’essentiel. Donc : mon livre De plain-pied dans le monde. Écriture et réalisme dans la géographie française au XXe siècle est sorti à l’Harmattan. Occasion de constater à quel point une date de parution est quelque chose d’obscur : j’en ai été averti le 20 février et l’éditeur l’annonce parmi les nouveautés de mars. Mais si j’en crois Amazon, la date officielle serait plutôt le 13 février ! Pour ce blog — toujours aussi négligé par les temps qui courent — ce sera donc le 21 mars… Il est disponible sur divers sites de vente en ligne, dont Chapitre.com, alapage, la Fnac, etc.

Vous connaissez déjà l’image de couverture (tout le monde dit qu’elle est très belle), pour laquelle je ne saurais assez remercier Carole Duval et Marie-Claire Robic :

 

 

 

Texte de la quatrième de couverture, réalisé avec le concours de Denise Pumain, Marie-Pierre Sol, Marc Joly et Marie-Claire Robic :

Les géographes, dans leur pratique savante, sont généralement connus pour s’être interrogés d'abord sur les relations homme-milieu, ou sur la singularité d’une région ou d’un paysage, puis d’avoir placé l’organisation spatiale ou les territoires au coeur de leur discipline.

C’est une autre clé de lecture qui est proposée ici : il s’agit de relire l’évolution de la géographie française, en insistant sur le souci longtemps dominant d’être "fidèle aux réalités", et sur sa remise en cause récente. L’examen d’un vaste corpus de textes, allant de 1900 aux années 1980, met en évidence l’importance du réalisme comme fondement épistémologique de la géographie. Ce souci du réel, indiscuté jusqu’à la fin des années 1960, a été battu en brèche dans les années 1970. Un épisode important de l’histoire de la géographie française est ainsi réinterprété comme une révolution scientifique (au sens de Thomas Kuhn), la "Nouvelle géographie" ayant mis en question le paradigme "classique" défendu par l’École française, selon une critique constructiviste formulée collectivement.

Fondé sur des analyses multiples (littéraires, épistémologiques, socio-linguistiques, historiographiques), De plain-pied sur le monde se veut tout à la fois une contribution particulière à l’histoire de la géographie française et une réflexion plus globale sur le statut de la langue dans les mutations des sciences.

 

Je suis assez contrarié du prix fixé par l'éditeur, sachant qu'il n'y a pratiquement pas d'illustrations et que la couverture leur a été fournie clés en mains, comme l'ensemble du texte d'ailleurs. Sur ce point, je ne dirai jamais assez ma reconnaissance à Claude et Martine Blanckaert pour le travail qu'ils ont effectué, grâce à quoi le manuscrit déposé à l'Harmattan était parfaitement aux normes de la collection « Histoire des Sciences Humaines » et l'éditeur n'a rien trouvé à redire.
Pour le reste, c'est au lecteur de se faire une idée.

 

Voir les commentaires

Rendre la réalité inacceptable de Luc Boltanski

Luc Boltanski, Rendre la réalité inacceptable. À propos de La Production de l’idéologie dominante, Demopolis, 2008.

 

 

 

Rendre la réalité inacceptable est présenté par son éditeur comme « destiné à accompagner la lecture de La Production de l'idéologie dominante », long article de Pierre Bourdieu et Luc Boltanski publié pour la première fois en 1976 dans la revue Actes de la recherche en sciences sociales et réédité conjointement cet automne par Demopolis et Raisons d'agir. Ce statut un peu ingrat de livre-compagnon cache un propos plus ample, dont l'intérêt est (au moins) triple : outre son rôle de commentaire d'un article (fleuve !), c'est aussi une évocation circonstanciée des débuts de la revue de Pierre Bourdieu dans le sillage (indirect) de Mai 68, et une réflexion magistrale sur l'évolution de la société française depuis trente à quarante ans.

L'article était original, mais sa matière principale - idées, concepts, objets, documents, cibles, etc. - était puisée dans un vaste chantier, entrepris cinq ans auparavant, avec pour objectif un grand livre collectif, dont le pivot était une réflexion sur Mai 1968, ses origines et ses conséquences, et la visée une théorie du pouvoir et du changement social, un livre si grand qu'il n'a jamais vu le jour, mais dont on peut reconstituer les principales perspectives à partir des nombreux articles qui sont sortis de la fabrique [i. e. Les Actes...] dans la première moitié des années 1970. (p. 50)

Pour qui n'est pas familier des travaux antérieurs de Luc Boltanski, ce texte peut aussi faire office d'introduction : on y retrouve la trame historiographique du Nouvel esprit du capitalisme (1999, co-écrit avec Ève Chiapello) et la réflexion sur le réel et les catégories du jugement proposée dans De la justification (1991, co-écrit avec Laurent Thévenot). Rendre la réalité inacceptable est autant un récit qu'un essai, mais dégraissé de toute complaisance autobiographique. Basé en partie sur des souvenirs, l'ouvrage refuse toute perspective subjectiviste. Il milite de façon sous-jacente pour la valeur du travail collectif, contre l'exposition des individualités. Il en résulte une grande pudeur dans l'évocation des personnes et de leurs interactions non intellectuelles. La figure de Pierre Bourdieu est ramenée systématiquement à la formule (mi-narquoise mi-respectueuse, sociologique et ironique) du « Patron », acteur « objectivé », à rebours de tout vedettariat rétrospectif. Ce choix narratif s'inscrit dans une dénonciation plus globale de l'instrumentalisation des « individus » par le « capitalisme avancé » qui s'est faite au détriment des collectifs (classes sociales, syndicats) qui pouvaient lui opposer une résistance (ce que l'individu atomisé ne peut guère).

Rendre la réalité inacceptable s'ouvre par une Élégie (pages 11-13) qui synthétise magistralement l'esprit des « années 68 » (et des rédacteurs des Actes...) - ce que Boris Gobille appelle leur « vocation d'hétérodoxie ». Luc Boltanski évoque ensuite en trois chapitres les débuts de la revue, les conditions dans lesquelles elle était fabriquée. L’expression « fanzine de sciences sociales » qu’il utilise pourrait également être appliquée à moult revues désargentées surgies dans le sillage (plus ou moins direct) de mai 68, comme Pandore, Espaces-Temps et tant d’autres. Suit l’examen du contenu de l’article : ses thèses principales, sa « réception » et ses lacunes (notamment les groupes ignorés à l’époque, que l’auteur appelle les « absents » : mouvement écologiste, féminisme, étrangers, minorités sexuelles). Enfin, les cinq derniers chapitres opèrent un prolongement et une actualisation de l’analyse, enrichie par des apports socio-historiques récents.

Par ailleurs, l'auteur ne s'interdit pas quelques digressions sur des sujets fort divers (la « montée de l'individualisme », l'ironie, la politesse, etc.).

Plus généralement, c'est dans cette période, la seconde moitié des années 1970, qu'une « valeur » qu'on ose à peine dire « morale » et qui était précisément, dans la période précédente, considérée comme essentiellement « conventionnelle » ou « sociale » et, par là, opposée à une morale « authentique », c'est-à-dire la politesse, commence à reprendre du service, ce qui la conduira, vingt ans plus tard, à occuper, comme on sait, le coeur du panthéon des vertus civiques. [...] Mais, du même coup, tout un pan de l'arsenal littéraire, philosophique ou esthétique des siècles précédents - sans lequel le développement de la critique n'aurait simplement pas été possible - a été rendu indisponible au nom de la morale : le pamphlet, le manifeste, la satire, la présentation ironique des thèses adverses, etc. Par un étrange paradoxe, la condamnation des « extrémismes » de papier, justifiée par l'adhésion aux valeurs démocratiques, a ainsi réalisé une forclusion de la dissension à laquelle n'étaient parvenus ni l'absolutisme ni l'ancienne société bourgeoise. (p. 103-105)

 

Écrit dans une langue accessible, l'ouvrage apporte quantité d'informations de première main sur une époque (le milieu des années 1970) et une entreprise scientifique qui semblent aux antipodes de l'atmosphère que nous connaissons aujourd'hui. D'ailleurs, Luc Boltanski souligne à l'envi toutes les discontinuités qui confèrent au texte de 1976 et à la culture qui le sous-tend une troublante étrangeté. Mais il montre aussi comment les analyses de La Production de l'idéologie dominante jettent une lumière acide sur les transformations sociopolitiques que la France a connues par la suite. En ce sens, le travail de commentaire nous offre une interprétation historique à spectre large, qui embrasse les quarante dernières années - voire davantage par ses retours récurrents à l'époque de la Libération.

Le chapitre « Le changement comme mode d'exercice d'une domination » (137-148) a une fonction nodale, en ce sens qu'il actualise les thèses les plus fortes de l'article de 1976 et en donne une forme magistralement articulée et condensée. Tout part de l'observation selon laquelle les élites du capitalisme avancé ont développé depuis cette époque une idéologie du changement nécessaire :

La caractéristique principale des « élites » dont les textes et les interventions sont analysés dans [La Production de l'idéologie dominante] (mais on pourrait faire les mêmes remarques à propos des « élites » actuellement au pouvoir) était de prôner le « changement ». Ces élites se voulaient radicalement novatrices et modernistes. Le coeur de leur argumentation (que nous avions résumé dans une formule : la « fatalité du probable ») était le suivant : il faut vouloir le changement qui s'annonce parce que le changement est inévitable. Il faut donc vouloir la nécessité. (p. 140).

Cette idéologie impose de recourir à des experts « équipés d'une science sociale (économie, démographie, sociologie, statistique, science politique, etc.) et de centres de calculs et de prévision (instituts de statistique, observatoires du changement, think tanks, etc.) de manière à concevoir maintenant ce changement qui s'imposera à tous, mais plus tard et de toute façon. » (p. 141). Il en découle un processus de substitution qui marginalise « l'autorité [...] des représentants [du peuple] » « au profit de celle des détenteurs diplômés [...] de connaissances spécifiques prenant appui sur la légitimité de leur discipline envisagée, de façon scientiste, comme un savoir de l'inéluctable. » (Ibid.) Dès lors, « l'exercice de la politique se ramène essentiellement tantôt à une gestion stratégique de l'information (pour ne pas dire de la propagande) tantôt à une sorte de médecine palliative. » (p. 142).

 

La tentation serait grande de multiplier les collages de citation, tant les articulations opérées font sens immédiatement et trouvent une résonance (lugubre) dans la situation de la fin des années 2000. Le fonctionnement des sociétés « capitalistes-démocratiques » y apparaît au mieux comme un jeu de dupes et au pire comme la réalisation d'un Meilleur des mondes numérique. Luc Boltanski ne se prive pas de relever que le « rapprochement, étrange quand on y pense, de la volonté et de la nécessité » a été longtemps l'apanage (analysé par Hannah Arendt en premier lieu) des « régimes totalitaires se réclamant d'une philosophie déterministe de l'histoire ». La dissection des technologies de gouvernement développées depuis trente ans lui sert à montrer comment les « effets de domination » traditionnels, fondés sur la répression, ont été remplacés par des formes plus sophistiquées, qui admettent une certaine forme de critique (pour la désamorcer ?).

 

En définitive, cette double publication n'a rien d'une commémoration : il s'agit avant tout de « rendre la réalité inacceptable » ici et maintenant en revivifiant la « pensée critique ». Luc Boltanski estime que cette dernière a été désamorcée par le fonctionnement redoutable de « l'idéologie dominante » dans un contexte de libéralisme triomphant et de mutation décisive de l'action étatique (qui loin de disparaître s'est redéployée). Faisant la synthèse d'une bibliographie de vaste ampleur, il nous peint une société dominée par un gouvernement des experts, où la bruyante mise en avant des individus autorise des technologies de contrôle rapproché et l'exercice d'un capitalisme délesté des solidarités collectives (qui pouvaient lui opposer une certaine résistance). Ce livre, parfois angoissant, est un exercice de salubrité publique.

 

Voir les commentaires

Dernière ligne droite

Normalement, ça devrait ressembler à ceci :

 

De mon côté, tout est prêt : le manuscrit (issu d'un troisième jeu d'épreuves) et le paratexte. Maintenant, une fois que le contrat sera signé (normalement le vendredi 12 décembre), c'est à l'Harmattan de jouer...

L'idée de la couverture est de Marie-Claire Robic à la base. Et c'est Carole Duval, une graphiste qui travaille à l'Institut de géographie de Paris, qui lui a donné une forme tangible. La direction générale consistait à superposer une vieille carte topographique, emblème d'une géographie réaliste, avec une carte thématique à visée interprétative. En prenant (quelle surprise !) un même référentiel languedocien, ça nous a menés à l'une des réalisations graphiques de Système économique et espace de Franck Auriac.

La carte d'état major "Narbonne" au 1/80 000e (1851) sert donc d'arrière-plan et le schéma interprétant la "potentialisation spatiale du vignoble languedocien" - largement retravaillé par la couleur et délesté de sa légende - est placé par dessus. Carole Duval y a adjoint un monde en guirlande jaune. Le tout forme un palimpseste de la géographie !

 

 

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 > >>