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La Politique des chaires au Collège de France (parution)

Le 20 juin 2017 paraît l'ouvrage collectif La Politique des chaires au Collège de France, qu'a dirigé Wolf Feuerhahn. Le volume bénéficie d'un index (c'est précieux) et il a demandé un très gros travail éditorial. Il contient deux textes qui parlent de géographie. Celui de Florence Deprest, "Le Collège de France en situation coloniale ? Autour de quelques chaires (fin XIXe-début XXe siècles)" et celui que nous avons écrit, Marie-Claire Robic et moi, "La géographie au Collège de France (milieu XIXe-milieu XXe siècle), ou les aléas d’une inscription disciplinaire". J'en ai déjà parlé ici.

 

Argumentaire

 

Le Collège de France se définit comme le lieu de la science en voie de se faire. Rejetant tout partage disciplinaire fixe, il prône l’adéquation de ses enseignements au renouvellement des savoirs.

Mais ce qui apparaît comme une libre transformation est aussi l’expression d’une politique institutionnelle. Le choix d’un intitulé de chaire, la désignation d’un titulaire résultent de l’état de la science et d’un contexte académique, politique et social. La reconduction d’une chaire revient à affirmer qu’une discipline mérite d’être enseignée ; la suppression d’une autre signifie que celle-ci n’a plus sa place dans le paysage scientifique. L’analyse des pratiques à l’œuvre au Collège de France durant ses cinq siècles d’existence, révèle une tension vive et persistante entre l’engagement en faveur de l’innovation et la perpétuation des traditions séculaires.

Sur la base de nombreux documents inédits issus notamment des archives du Collège de France, cet ouvrage revisite l’autodéfinition de la plus fameuse institution savante française et invite à reconsidérer la fabrique et le partage des savoirs dans l’enseignement et la recherche.

Ouvrage publié en coédition avec le Collège de France et avec le soutien de PSL Research University, dans le cadre du projet de recherche "Passage des disciplines : histoire globale du Collège de France XIXe-XXe siècles".

 

 

Table des matières

 

Préface
Antoine Compagnon

Introduction : L’atelier des intitulés du Collège de France
Wolf Feuerhahn

ANCIENS ET NOUVEAUX REGIMES DES CHAIRES

Chaires d'ancien régime et ancien régime des chaires : la médecine au Collège royal (XVIe-XVIIe siècles)
Rafael Mandressi

Changer la destination des chaires. La mise en place d’une pratique, entre convenance personnelle et exigence de l'Université
Jeanne Peiffer

IDEAUX ET PRATIQUES DE LA TRANSFORMATION DES INTITULES

Le Collège de France et « la liberté de transformation » des chaires : émergence et perpétuation d’une auto-définition
Wolf Feuerhahn

Les intitulés « père & fils » ou la question de l’hérédité des chaires
Anne Collinot

Titulaire ou intitulé : deux critères pour sélectionner les candidats au Collège de France
Céline Surprenant

Soutenir une proposition de chaire au Collège de France (1900-1949) : jeu institutionnel et discours délibératif
Françoise Waquet

Le Collège de France en situation coloniale ? Autour de quelques chaires (fin XIXe-début XXe siècles)
Florence Deprest

Le crédit des chaires. Inertie disciplinaire et ascension des sciences au Collège de France (1800-2000)
Yann Renisio

LE POIDS DES « CHAIRES FONDAMENTALES »

Resémantiser un intitulé fondateur ? Les chaires de grec au Collège de France
Vivi Perraky

De l’éloquence à la civilisation. Évolution des intitulés de chaires consacrées à l’Antiquité latine (XIXe-XXe siècles)
Sarah Rey

Qu’est-ce que l’ « archéologie » au Collège de France (XIXe- milieu du XXe siècle) ?
Elise Lehoux

La rhétorique autour des intitulés des chaires de mathématiques (1880-1956). Les dessous d'une permanence au Collège
Hélène Gispert


INTITULES ET DISCIPLINES : JEUX DE MASQUES

Une chaire sans intitulé ? Les sciences morales et politiques au Collège de France (1795-1864)
Jean-Luc Chappey et Julien Vincent

La comparaison fait-elle la discipline ? Intitulés comparatistes et dynamique des chaires au Collège de France
Pascale Rabault-Feuerhahn

La géographie au Collège de France (milieu XIXe-milieu XXe siècle), ou les aléas d’une inscription disciplinaire
Olivier Orain et Marie-Claire Robic

Usages, extensions et masques de l’intitulé « psychologie » au Collège de France
Jacqueline Carroy, Annick Ohayon, Régine Plas

Bibliographie générale
Présentation des auteurs
Index des noms
Table des figures

 

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Contextualiser : une pratique transdisciplinaire ?, n° 30 de la RHSH

Le trentième volume de la Revue d'histoire des sciences humaines est arrivé chez notre éditeur. Il sort officiellement le 13 avril prochain.  Le volume reprend et retravaille les résultats de journées d'étude organisées au Centre Koyré les 4-5 mars 2014 par Wolf Feuerhahn, Rafael Mandressi et Antonella Romano, sous le titre initial « Qu'est-ce qu'un contexte ?  Un débat transdisciplinaire sur une pratique intellectuelle et ses enjeux ». Le sommaire détaillé est disponible ci-dessous. Nous avons pensé qu'il était utile de proposer en regard une discussion avec Marie-Claire Robic, Jean-Marc Besse et Pascal Clerc sur le "spatial turn", qui à plusieurs égards peut aussi se lire comme une affirmation contextualiste. On trouvera également dans ce volume un article en varia sur La Nouvelle Alliance d'Ilya Prigogine et Isabelle Stengers, un compte rendu de Fabrice Grognet à propos d'une demi-jounée de réflexion à l'occasion de la réouverture d'un Musée de l'homme, et des discussions autour de quelques livres plus ou moins récents. Le tout forme un ensemble très riche dont nous espérons qu'il suscitera de l'intérêt.

 

Présentation du dossier

La mise en « contexte » est souvent tenue pour une pratique commune aux sciences humaines et sociales. Prendre acte de l'inscription des faits étudiés dans un temps et dans un lieu circonstanciés apparaît incontournable pour des sciences censées rendre compte de la singularité de leurs objets. Mais cette référence au contexte est-elle vraiment fédératrice ? Revenant sur l’émergence, la dissémination mais aussi le rejet du terme « contexte » et des pratiques qui lui furent associées dans diverses disciplines, le présent volume fait apparaître un paysage plus complexe qu’attendu. Le « contexte » révèle des tensions existant entre les différentes sciences humaines et sociales comme au sein de chacune d’elles. Des défenseurs de l’autonomie du texte (juridique, philosophique…) y voient une pratique relativiste. D’autres dénoncent, au contraire, un usage paresseux qui en ferait un simple décor. Certains spécialistes de l’histoire environnementale préfèrent la notion d’Anthropocène afin de mettre en relief l’empreinte humaine sur la terre à une échelle moins locale. Par-delà leur variété, les études de cas proposées ici montrent que l’historien des sciences ne peut objectiver les pratiques de mise en « contexte » sans s’interroger sur les siennes propres.

 

Sommaire

 

Les sciences humaines et sociales : des disciplines du contexte ?

Wolf Feuerhahn

 

Pourquoi parler d’une histoire contextuelle du droit ?

Jean-Louis Halpérin

 

L’histoire de la philosophie appartient-elle au champ des sciences humaines et sociales ?

Catherine König-Pralong

 

Écrire l’histoire de la psychanalyse : le problème du contexte

Andreas Mayer

 

Une atmosphère très particulière. La sensibilité au contexte dans la pratique de la géomancie en Inde du Nord

Caterina Guenzi

 

L’environnement global, défi à la contextualisation ?

Hélène Guillemot

 

Document

Note sur le développement des disciplines ethnologiques en France

Marcel Griaule

Refonder l’ethnologie française sous l’Occupation

Christine Laurière

 

Varia

Apologie de la thermodynamique ou collaboration entre un physicien et une philosophe ? La Nouvelle Alliance d’I. Prigogine et I. Stengers (1979)

Emanuel Bertrand

 

Débats, chantiers et livres

* Qu’est-ce que le spatial turn ?

Table ronde avec Jean-Marc Besse, Pascal Clerc, Marie-Claire Robic, organisée par Wolf Feuerhahn et Olivier Orain

 

* De l’oxymore d’autrefois au palimpseste d’aujourd’hui : vie, mort et résurrection du musée de l’Homme

Fabrice Grognet

 

* Une sociologie historique de (toute ?) la sociologie française depuis 1800

Sébastien Mosbah-Natanson

Sociologie historique et épistémologie sociogénétique de la sociologie. Johan Heilbron, French Sociology

Marc Joly

Pour une sociologie historique et réflexive des sciences humaines et sociales

Johan Heilbron

 

* Tiago Pires Marques, Crime and the Fascist State, 1850-1940 (Jean-Christophe Coffin)

* La sociologie de René Worms (1869-1926), Les Études sociales, no 161-162, coordonné par Frédéric Audren et Massimo Borlandi (Annie Petit)

La sociologie de René Worms (1869-1926), Les Études sociales, no 161-162, coordonné par Frédéric Audren et Massimo Borlandi (Marine Dhermy-Mairal)

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Renée Rochefort, présentation sommaire

Renée Rochefort (1924-2012)
Femme et géographe des questions sociales

(reproduction du power point projeté le 30/09/2016 à Saint-Dié)

 

Éléments biographiques
1924 Naissance à Lyon
1949 Agrégée d’histoire-géographie
1959-1961 Détachée au CNRS
1961 Soutient sa thèse d’État
1961-1963 Remplace M. Rochefort à Strasbourg
1963- Maître de conférences à Lyon
1967 Est présente à Plozévet
1972 Fonde le CREGS
1982 Colloque de géographie sociale (Lyon)

 

Avec Jeannine Renucci

 

Le Travail en Sicile (1961)
Dirigé (de loin) par Maurice Le Lannou, ce travail de thèse innove par son contenu, ses procédures d’enquête, sa perspective.
Fernand Braudel, membre du jury, apporte une caution de poids à un travail qui suscite la perplexité (« ce n’est pas de la géographie » !)

 

 

Repères bibliographiques (non exhaustifs)
1958 « Un dossier sur le temps présent : les bas-fonds de Palerme, d'après l'enquête de Danilo Dolci » [note critique], Annales É.S.C., 13-2, pp. 349-358.
1959 « Misère paysanne et troubles sociaux. Un pays du Latifondo sicilien : Corleone », Annales. É.S.C., 1959, Volume 14, Numéro 3, pp. 441-460.
1961 Le Travail en Sicile. Étude de géographie sociale, Paris, PUF, 1961.
Les bouches de Kotor. Étude de géographie régionale, essai sur les espaces d’une région, Lyon, Université de Lyon, Faculté des Lettres.
1963 « Géographie sociale et sciences humaines », Bulletin de l'Association de géographes français, 1963, XL, n° 314, pp. 18-32.
« Sardes et Siciliens dans les grands ensembles des Charbonnages de Lorraine », Annales de Géographie, 1963, LXXII, n° 391, pp. 272-302.
1970 « Grands ensembles et mutations des banlieues lyonnaises », Revue de géographie de Lyon, 1970, XLV, n° 2, pp. 201-214.
1972 « Géographie sociale et environnement », dans La pensée géographique française. Mélanges offerts au Professeur A. Meynier, Saint-Brieuc, Presses universitaires de Bretagne, 1972, p. 395-405.
1977 « Les enfants et adolescents dans l'agglomération lyonnaise en 1976 : disparités et ségrégations », Revue de géographie de Lyon, 1977, LII, n° 4, pp. 319-337.
1983 « Réflexions liminaires sur la géographie sociale », dans Noin, D., dir., Géographie sociale, actes du colloque de Lyon, 14-16 octobre 1982, dactylographié, 1983, p. 11-14.
1984 « Pourquoi la géographie sociale ? », dans Coll., De la géographie urbaine à la géographie sociale. Sens et non-sens de l’espace, Paris, 1984, p. 13-17.
1984 « Les classes sociales, l'État et les cultures en géographie sociale », Revue de géographie de Lyon, 1984, LIX, p. 157-172.


Le « renversement de l’ordre des facteurs »
« À mon avis — et c'est ici la seconde considération annoncée — la géographie sociale commence avec un renversement de l'ordre des facteurs, un renversement d'intérêt, pour ne pas dire de direction de pensée, lorsque le géographe décide d'accorder plus d'importance au groupe humain qu'à l'espace ou plus exactement décide d'accorder de l'importance, au groupe humain d'abord, à l'espace ensuite, étant entendu que ce groupe humain baigne dans l'hétérogénéité de l'espace. La géographie sociale commence ainsi lorsque la trame humaine devient la chaîne et réciproquement, la chaîne spatiale, la trame.»

Renée Rochefort, « Géographie sociale et sciences humaines », Bulletin de l'Association de géographes français, 1963, XL, n° 314, p. 20 (18-32).

 

Faire « école » ?
1/ Autour du Centre de recherches sur les environnements géographiques et sociaux (CREGS) : des élèves ?
André Vant (né en 1941)
Imagerie et urbanisation : recherches sur l'exemple stéphanois (1981)
Marc Bonneville (né en 1944)
Croissance urbaine et changement social : le cas de Villeurbanne dans l'agglomération lyonnaise (1981)

2/ Des quasi-contemporains ?
Robert Hérin (né en 1934)
- il reformule le « renversement des facteurs » et lui donne une caisse de résonance à partir des années 80
Armand Frémont (né en 1933)
- ses recherches sur l’espace vécu sont fortement congruentes avec les pistes amorcées par R. Rochefort

 

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Un moment charnière ?

Je prends assez peu le temps de publier des éléments personnels sur ce blog, qui est devenu une sorte de mini-Calenda. Voici donc quelques informations sur mon activité de ces derniers temps.

Marie-Claire Robic et moi avons travaillé en 2015-2016 sur les chaires du Collège de France comprenant le mot "géographie" dans leur intitulé pour les besoins d'un colloque organisé par Wolf Feuerhahn (Dans l'atelier des intitulés. À propos de la singularité du Collège de France. 27-28 novembre 2014). Nous en avons tiré une contribution à quatre mains intitulée « La géographie au Collège de France (milieu XIXe-milieu XXe siècle), ou les aléas d’une inscription disciplinaire », qui devrait paraître dans le volume d'actes tirés du colloque, en 2017 sans doute. C'est un assez long texte (encore !) dont je suis très heureux car c'est la première fois que je cosigne un article avec celle qui est depuis 25 ans une source d'inspiration, un modèle, une amie, etc.

En octobre 2015, l'ami Wolf Feuerhahn a signalé lors d'un comité de rédaction de la Revue d'histoire des sciences humaines le lancement d'un séminaire de doctorants piloté par Camila Orozco-Espinel et Yann Renisio, intitulé "Faire science. Usages de la scientificité en sciences humaines et sociales (1920-1960)", dont devait sortir à terme un dossier pour la revue. Comme le sujet était congruent avec l'un de mes centres d'intérêt principaux, je me suis rapproché d'eux. J'ai participé à la plupart des séances (fort intéressantes) et ai présenté une contribution en février 2016 intitulée "Faire science en géographie (1930-1980). Perspectives transatlantiques". Le dossier est actuellement en cours d'évaluation et devrait constituer le n° 31 de la RHSH. Je devais initialement y proposer une revisite de la controverse Schaefer-Hartshorne, mais ayant une HDR à écrire, j'ai finalement proposé de faire quelque chose de plus large et de moins circonstancié, un peu dans la lancée de ma présentation orale. Pour l'instant, d'autres contraintes ont fait que je n'en ai pas écrit la moindre ligne. C'est à mon agenda des deux prochaines semaines.

Je suis allé au Festival international de géographie de Saint-Dié pour la première fois à l'automne 2016, invité par Benoît Antheaume et Pascal Clerc pour parler de Renée Rochefort (1924-2010), dans le cadre de la conférence annuelle sur les figures de la géographie. Je suis moyennement enthousiasmé par le titre de la conférence. En revanche, les recherches entreprises ont été fort stimulantes et il semblerait que la présentation a plu à l'auditoire (je suis toujours le plus mal placé pour me faire juge de mon propre travail). Il paraît que c'était fidèle à la mémoire et à l'esprit de la dame, ce qui était mon ambition spécifique. Je tiens dans cette optique à remercier Nicole Commerçon, Marc Bonneville et André Vant pour le temps qu'ils m'ont consacré et les souvenirs et analyses qu'ils ont partagés avec moi. Je suis supposé en faire dans les semaines à venir une notice pour la collection Geographers.

Dans le sillage de la publication en français des principaux textes de Norbert Elias portant sur la sociologie de la connaissance et des sciences, La Dynamique sociale de la conscience (La Découverte, 2016), Marc Joly (éditeur du volume) et Wolf Feuerhahn m'ont demandé de participer à un colloque qu'ils organisaient les 19 et 20 janvier 2017 au Centre Koyré. Ma lettre de mission consistait à analyser la façon dont N. Elias a parlé de Thomas Kuhn et Imre Lakatos, tout particulièrement dans un texte publié en 1972 dans Economy & Society et intitulé “Theory of science and history of science: comments on a recent discussion”. Pour ce faire, je me suis replongé dans les œuvres des uns et des autres, en particulier les recueils d'articles de Kuhn The Essential Tension (1977) & The Road Since Structure (2003) mais aussi le volume en français de textes rassemblés par I. Lakatos et A. Musgrave Criticism and the Growth of Knowledge (1969), le célèbre quatrième volume d'actes du Colloque international de philosophie des sciences de Londres (1965). Une fois n'est pas coutume, j'ai écrit une bonne partie de ma contribution, de sorte qu'il devrait m'être assez facile d'en tirer un article, à condition d'agir vite.

Je suis désormais directeur de deux revues à la fois, situation qui m'a valu nombre de commentaires préoccupés et incitations à passer rapidement la main. Pourtant, qui est disposé aujourd'hui à faire ce genre de travail ? La seule chose qui compte dans l'évaluation d'un chercheur est la publication d'articles originaux, de préférence dans des revues de rang A. J'en dirige une avec Catherine Rhein et j'essaie avec Wolf Feuerhahn d'y faire accéder une autre. C'est un travail absolument passionnant et nécessaire, et tant pis pour les considérations stratégiques ou égoïstes. Faire vivre des collectifs me semble plus important que tout, car sans eux la recherche s'étiole. À brève échéance, Catherine et moi devons livrer un éditorial pour le n°1/2017 de l'Espace géographique. Je n'en dis pas davantage...

L'année qui vient, le séminaire Les écritures du géographique sera moins centré sur la littérature et davantage sur l'écriture de la géographie. Je vais y proposer une série de travaux, sur la catégorie d'espace (source de tant d'agacements) et sur Roger Brunet (avec Muriel Rosemberg). Les deux doctorants qui travaillent avec moi, Matthieu Pichon et Dylan Simon, y feront aussi une présentation chacun. Pas la peine d'épiloguer sur tout cela. Je rappelle à mes lecteurs que ces séances, hormis celle de janvier, sont ouvertes au public.

Si tout se passe bien cette année à la différence de la précédente (où j'ai été malade à répétition pendant plus de deux mois : grippe, bronchites, etc., avant de passer deux mois à faire des bilans de santé), je rédige mon Habilitation à diriger des recherches (HDR) entre février et septembre. C'est devenu une nécessité. Un nombre toujours plus important de mes anciens étudiants accède à des statuts auxquels l'absence de cet exercice dans mon CV m'empêche de postuler, ce qui parfois me laisse songeur, alors que je dirige déjà des thèses et qu'on me demande conseil pour des HDR. Ce désajustement (comme aurait dit Bourdieu) commence à me peser.

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Séminaire Les écritures du géographique, troisième saison

Les écritures du géographique

Séminaire mensuel de janvier 2017 à juin 2017

 

Pascal Clerc, Maître de conférences à l’ESPE de Lyon, EHGO

Olivier Orain, Chargé de recherche au CNRS, EHGO

Muriel Rosemberg, Maître de conférences à l’UPJV, EHGO

Lieu : EHGO-Géographie-cités, 13 rue du Four, 75006 Paris (à l’exception du séminaire du 27 janvier)

 

Ce séminaire entend développer l’investigation des formes savantes de l’écriture géographique en les mettant en contact et en tension avec d’autres formes de textes qui portent également des modalités de connaissance ou de questionnement géographiques (le sentiment paysager, le rapport aux lieux ou à l’espace, le devisement régional, etc.) : l’écriture de fiction sous tous ses registres, mais aussi le texte descriptif, le récit de voyage, l’essai, ou encore les écrits intimes. On fait en effet l’hypothèse que les formes d’écriture savante ne procèdent pas seulement d’un formatage disciplinaire, mais tout autant d’une matrice culturelle dans laquelle s’inscrit l’activité scientifique. Les choix d’écriture du monde savant (dispositifs rhétoriques, références culturelles, postures et genres scripturaires) seront dans cet esprit mis en perspective avec des pratiques d’écritures artistiques (et des réflexions sur ces pratiques) qui leur sont contemporaines.

Les écritures : le pluriel renvoie à la diversité des langages textuel et iconique (photographie, cinéma, cartographie, schématisation) et des dispositifs qui les combinent de façon variée. En ne privilégiant aucun type d’écrit, on vise à centrer le questionnement sur le geste d’écriture en tant que lieu d’élaboration d’une pensée, et sur les relations entre formes d’écriture et conceptualisation géographique. On s’attachera ainsi aux dessous de l’écrit en interrogeant la présence dans le texte des conditions de son élaboration (les marques de l’activité de recherche, de pensée ou d’écriture) ou en explorant un genre comme l’écrit intime (textes de géographes qui n’étaient pas destinés à être publiés, tels la correspondance ou les carnets de voyages).

 

Vendredi 27 janvier 2017 (14h-17h)

Séminaire commun des équipes EHGO et PARIS

Université Paris Diderot, Bâtiment Olympe de Gouges, 8 Place Paul Ricœur, 75013 Paris

Élise Olmedo, Juliette Morel, Flora Hayat, Constance Lecomte

Échanges cartographiques. Usages et créations contemporaines

 

Jeudi 9 mars 2017 (13h-16h)

Olivier Orain

Espace, géographie, écriture

 

Jeudi 6 avril 2017 (13h-16h)

Olivier Orain et Muriel Rosemberg

Sur les écritures de Roger Brunet

 

Jeudi 11 mai 2017 (13h-16h)

Matthieu Pichon

La description de la ville

 

Vendredi 30 juin 2017 (10h-13h)

Dylan Simon

Les écritures ampliatives (Max Sorre, Jean Brunhes et Paul Vidal de la Blache)

 

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Les Sciences de l'homme en manuels, n° 29 de la RHSH

Le nouveau numéro de la Revue d'histoire des sciences humaines est sorti il y a déjà quelques semaines. Après un numéro de relance (celui sur les "années 68") et deux dossiers qui attendaient depuis un certain temps, c'est le premier volume dont l'élaboration s'est faite après la relance de la revue. Notre collègue Anne-Sophie Chambost, déjà auteure de travaux sur les manuels de droit, a voulu élargir la focale en réalisant un volume à spectre large sur les manuels de sciences humaines. Le sommaire est tributaire d'un appel à communications lancé dans plusieurs communautés scientifiques. Comme d'habitude, j'ai reproduit ci-dessous les principaux seuils éditoriaux.

 

Présentation du dossier

 

Le manuel d'enseignement supérieur est un objet peu estimé, qui n'a pas suscité la même attention que ses équivalents destinés à des publics scolaires. Tenu pour une synthèse, voire une vulgarisation, de connaissances élaborées ailleurs, il n’intéresse guère les historiens des sciences ou de l’enseignement. L’ambition de ce dossier est de contribuer par une historicisation rigoureuse à indiquer toute la complexité et le caractère évolutif de ces objets de savoir et de montrer combien leur production a pu donner lieu à des investissements stratégiques, qu’ils soient le fait d’individus isolés, de collectifs dévoués à une cause ou d’un État. À travers un large spectre de discipline (droit, psychiatrie, langues étrangères, géographie, économie, etc.) et une diversité de situations nationales (France, États-Unis, ex-URSS, Allemagne), il s’agit de faire varier les contextes, les époques et les modalités, afin de dépasser une représentation figée et trop dépendante des formes actuelles de cette production. Les études réunies ici examinent la production, la diffusion, la réception et l’usage de manuels de l’enseignement supérieur, considérés comme une forme spéci- fique de construction et de diffusion des savoirs. Ce faisant, elles éclairent de manière différente la façon dont les sciences humaines sont codifiées, données à lire et à comprendre, à des moments souvent stratégiques de leur développement. Le dossier entend par là convaincre les historiens des savoirs et des institutions académiques de l’importance d’un genre éditorial dont l’intérêt comme archive n’est pas encore pleinement acquitté ou exploré.

 

Sommaire

 

Introduction

Anne-Sophie Chambost


Naissance et mutations d'un marché éditorial : les manuels du supérieur

Jean-Yves Mollier
 

Conception et production des manuels universitaires en Union soviétique. Évolution générale et exemple de l'enseignement du français (1946-1985)

Nataliya Yatsenko


Une introduction polyphonique à l'étude du droit. En-quête de rupture dans l'enseignement juridique

Albane Geslin


Ce qu'un manuel d’économie hétérodoxe peut être. The Worldly Philosophers de Robert Heilbroner

Cyrille Ferraton et Ludovic Frobert


La possibilité d’une géographie humaine (1961-2002). Autour du Précis de géographie humaine de Max Derruau

Michel Lompech et Éric Bordessoule


La formation du regard clinique. L’essor du manuel et l’écriture de cas dans la psychiatrie germanophone (1875-1900)

Yvonne Wübben

 

Document

Quatre dossiers médicaux pour six mois d’internement : les étapes du rapatriement de l’ouvrier Alessandro T. d’Érythrée en Italie

Les dossiers d’un patient psychiatrique en Érythrée (1939) : l’hôpital colonial, le navire-hôpital et deux hôpitaux psychiatriques métropolitains
Marianna Scarfone


Varia

Le quart féminin des géographes : dynamiques et limites de la féminisation dans la géographie universitaire française et internationale (1928-1938)

Nicolas Ginsburger


Raccourci analogique et reconstruction microhistorique. Les origines du laboratoire de psychologie expérimentale de Genève en 1892

Marc Ratcliff

 

Débats, chantiers et livres

* La Révolution : une affaire d’idées ? Une histoire intellectuelle de la Révolution française. Jonathan Israel et les déplacements des radicalités politiques

Jean-Luc Chappey et Blanca Missé
Response to Chappey and Missé

Jonathan Israel
*Pour l’historicisme. Avec et à partir de Christian Topalov

Wolf Feuerhahn
* Nathalie Richard, Hippolyte Taine. Histoire, psychologie, littérature (Céline Trautmann-Waller)
* Pascal Clerc et Marie-Claire Robic (dir.), Des géographes hors-les-murs ? Itinéraires dans un Monde en mouvement (1900-1940) (Dylan Simon)
* Dominique Perrin, De Louis Poirier à Julien Gracq (Jean-Louis Tissier)
* Les politiques publiques mises en œuvre au nom de la biodiversité sont-elles irrémédiablement néolibérales ? (Emanuel Bertrand)

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Modélisation et sciences humaines. Figurer, interpréter, simuler

Sont parus en juin 2016, sous le titre Modélisation et sciences humaines. Figurer, interpréter, simuler, les actes d'un colloque de la Société d'histoire et d'épistémologie des sciences du langage (SHESL) qui s'est tenu à Paris les 24 et 25 janvier 2014. J'ai recopié ci-dessous les éléments de présentation que ses directeurs ont diffusés. On y trouve entre autres un texte que j'ai écrit et dont j'ai déjà parlé de manière oblique ici. C'est un gros travail de 54 pages, une sorte de novella épistémologico-historique, donc d'un gabarit un peu inhabituel. Je crois que j'avais besoin de ce déploiement pour dire à la fois des choses sur l'historicité du terme 'model' dans la géographie anglophone, indiquer le rôle souvent assez périphérique des réalisations graphiques dans le contexte de spatial analysis américaine des années 1950-60 (chez W. Bunge et B. Berry par exemple) et la transformation très singulière à laquelle a donné lieu en France l'hypothèse de "modèles graphiques". Je n'en redis pas davantage car c'est déjà exprimé ailleurs et je voudrais plutôt valoriser le livre par la présentation ci-dessous (qui n'est pas de moi, je le reprécise). 

 

Argumentaire

 

Les termes de modèle et de modélisation sont, depuis quelques décennies, omniprésents dans la littérature scientifique et en particulier celle des sciences du langage, de l’homme et de la société. Quel sens donner à ce phénomène ? Même si dans certains cas, c’est la définition « classique » telle que proposée par la philosophie des sciences qui est utilisée, à savoir le modèle comme instance intermédiaire de validation empirique d'une théorie, le terme de modèle se substitue souvent à ceux de théorie, système, schéma ou méthode et reçoit des acceptions variables visant à combler le fossé entre enquête empirique et réflexion théorique. La modélisation, quant à elle, tient souvent moins à la mathématisation des savoirs qu’à des modes distincts de mise en œuvre tels que figurer, interpréter et simuler.
Cet ouvrage se propose d’établir un état des lieux et des usages. Qu’appelle-t-on modèle ? Faut-il restreindre ce terme à un certain type de généralisation ? Les sciences humaines, ou certaines sciences humaines, ont-elles développé des types de modélisation spécifiques ? Comment les modèles sont-ils produits, empruntés, abandonnés ?
Cette réflexion sur les modèles et la modélisation, menée sur les plans historique et épistémologique dans des domaines variés tels que la linguistique, l’histoire de la grammaire, la philosophie du langage, la géographie, la psychologie, l’économie, l’histoire de l’art, a permis d’ouvrir un espace commun pour ces disciplines et plus généralement pour l’ensemble des sciences humaines.

 

Table des matières
 

Introduction
Des sciences du visible, Didier Samain


Référence et convention
Pourquoi historiciser et sociologiser la notion de modèle ?, Michel Armatte
Sens, dénotation, modèle(s), Manuel Gustavo Isaac
La sous-détermination des modèles explicatifs par les lois empiriques : un problème récurrent mais fécond en géographie de modélisation, Franck Varenne
L’Organonmodell (1934) et le Strukturmodell (1936) de Karl Bühler. Une proposition déplacée et même déplaçante pour les sciences du langage, Savina Raynaud
Les chaînes de Markov. Parcours d’un « modèle » au fondement de la mathématisation et de l’automatisation de la linguistique, Jacqueline Léon

Analogies
Quels modèles pour la grammaire émergente ?, Charles-Henry Morling
Entre construction et observation : modèle et modélisation de la figure humaine chez David Ramsay Hay et Carl Heinrich Stratz, Hiromi Matsui
Modèles et modélisation dans la clinique du langage : de l’usage des « schémas de la parole » chez Kussmaul et chez Séglas, Camille Jaccard
Remarques sur le modèle d’analyse des énoncés dans la rhétorique arabe tardive, Jean-Patrick Guillaume
Le rôle de la graphique dans la modélisation en géographie. Contribution à une histoire épistémologique de la modélisation des spatialités humaines, Olivier Orain

Cognition et genèse
Actualités du modèle darwinien en linguistique, Sémir Badir, Stéphane Polis, François Provenzano
Psychologie et linguistique : à propos de l’école de Genève (Sechehaye, Bally et Frei) et de la linguistique cognitive américaine (Lakoff), Dominique Klingler, Georges Daniel Véronique
La constitution d’un paradigme : la linguistique cognitive comme réseau théorique, modèle(s) et métathéorie, Jean-Michel Fortis
Heurs et malheurs d’une tentative de modélisation. Jean Piaget et la formalisation des structures de l’esprit (1937-1972), Marc J. Ratcliff

Praxéologie et sociologie des acteurs
Enjeux épistémologiques et politiques de la métrique, Spiros Macris
Normes, description linguistique et interprétation « artéfactuelle » dans les grammaires françaises du XVIe siècle, Nick Riemer
La modélisation sémantique du marquage casuel en grammaire arabe : enjeux taxinomiques, heuristiques et polémiques, Marie Viain
La modélisation statistique du rythme et la dissolution de la structure syllabique, Nicolas Ballier

Épilogue
Une civilisation des modèles ? Cartographie des représentations et historiographie, Claude Blanckaert

 

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Les sciences du psychisme et l'animal, n°28 de la RHSH

Le nouveau numéro de la Revue d'histoire des sciences humaines (n° 28) est sorti. Le dossier porte donc sur « Les sciences du psychisme et l'animal » et réunit six textes, outre l'introduction d'Aude Fauvel. Trois articles en varia également, parmi lesquels un très beau travail de Dylan Simon sur les «complexes pathogènes» de Max Sorre, et une étude au long cours de Serge Reubi sur les particularités sociales de l'ethnographie suisse du « premier XXe siècle ». À noter egalement un examen méticuleux par Arnauld Chandivert de la position de Daniel Faucher entre résistance et notabilité universitaire sous le gouvernement de Vichy (entre autres figures traitées dans son article). Je reproduis ci-dessous l'argumentaire du dossier et le sommaire du volume. Si vous êtes intéressé-e-s par ce numéro (et les autres), n'hésitez pas à vous abonner à la revue !

 

Présentation du dossier (Aude Fauvel)
Psychiatres testant des produits toxiques sur des chiens, psychologues bombardant des chèvres « psychonévrosées », psychothérapeutes arrachant des bébés singes à leurs mères pour les observer…, au titre de l'histoire animale les disciplines psys semblent se situer sur une ligne classique : celle d'une vision utilitaire des animaux, exploités et sacrifiés sur l’autel de la science. Selon certains chercheurs, si les savoirs psys ont, depuis Darwin, souligné les similitudes entre l’esprit humain et animal, ils n’auraient ainsi pourtant pas aidé à réduire l’écart entre l’un et l’autre. Dans l’histoire des sciences du psychisme, comme ailleurs, étudier les animaux ce serait être essentiellement confronté au récit de leurs souffrances.
Ce numéro porte un regard différent sur ce lien entre animaux et sciences du psychisme et montre que les secondes ne se sont pas seulement construites contre les bêtes mais aussi en collaboration avec elles, dans des rapports d’influences mutuelles, au dedans et au dehors des laboratoires. À côté des cobayes d’expériences, les psys ont fait surgir d’autres figures de l’animalité, percevant les animaux comme des partenaires, des patients, et même, comme des thérapeutes. En revisitant l’histoire psy sous cet angle, l’objectif n’est pas seulement de contribuer au renouvellement du regard sur l’histoire animale, il est aussi de participer à la réflexion sur la façon dont penser avec les animaux peut aider à penser les sciences de l’homme.

 

Sommaire


Introduction. Des rats, des chiens et des psys. Repenser l'interaction humain/animal dans l'histoire des sciences du psychisme (XIXe-XXIe siècles)

Aude Fauvel


Animaux à aimer, animaux à tuer. Animalité et sentiments zoophiles en France au XIXe siècle

Damien Baldin

 

« Le chien naît misanthrope ». Animaux fous et fous des animaux dans la psychiatrie française du XIXe siècle

Aude Fauvel


Débats autour de la psychologie animale. La rencontre Pierre Hachet-Souplet – Édouard Claparède

Élisabeth Chapuis


Des relations déraisonnables ? Marie Bonaparte, son chien Topsy, la biologie et la psychanalyse

Rémy Amouroux


Quand l'éthologie revisite la psychanalyse. La question de l'attachement entre Grande-Bretagne et France

Wolf Feuerhahn


Soigner par le contact animalier. Aux origines de la recherche sur les interactions humains/animaux à but thérapeutique

Jérôme Michalon

Document
Lettre de Joseph Delboeuf à William James du 2 novembre 1886
Comment un savant devient « guérisseur ». D'après une lettre inédite de Joseph Delboeuf à William James

Thibaud Trochu

Varia
Une histoire à part ? L'étude des traditions mineures en histoire des sciences humaines à travers l'ethnographie suisse du premier XXe siècle

Serge Reubi
 

Sciences sociales, Résistance et « mystique provinciale » à Toulouse sous le gouvernement de Vichy. Complexité et ambivalence des engagements (1930-1950)

Arnauld Chandivert


Quand un concept écologique fait date. L’invention des « complexes pathogènes » en géographie

Dylan Simon



Notes de lecture
* Anthony Andurand, Le mythe grec allemand. Histoire d’une affinité élective (Sandrine Maufroy)
* Claude Blanckaert (coord.), La Vénus hottentote entre Barnum et Muséum (Jean-Luc Chappey)
* Daniel Baric, Langue allemande, identité croate. Au fondement d’un particularisme culturel (Anne-Marie Thiesse)
* L’enseignement secondaire en France et l’articulation complexe entre disciplines littéraires et scientifiques (1945-1985) (Emanuel Bertrand)

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Retour sur un congrès régional de l'UGI

Je profite d'en avoir fini avec mes conférences de master première année pour revenir sur les semaines passées et annoncer quelques actualités. Premier billet, centré sur l'histoire de la géographie russe et ses praticiens.

Je suis allé à Moscou du 16 au 22 août dernier pour participer à une conférence régionale de l'Union géographique internationale (UGI). C'était la première fois que je participais à ce genre de grande messe, ayant pratiqué le dialogue interdisciplinaire davantage qu'international ces dernières années. Il s'agissait de rencontrer des collègues, russes en particulier. Depuis la publication en 1996 de « La géographie russe (1845-1917) à l’ombre et à la lumière de l’historiographie soviétique » dans l'Espace géographique, je n'ai jamais renoncé à la perspective de retravailler un jour sur l'histoire de la géographie russe. Mais la tâche est tellement énorme qu'elle ne me semble pas pouvoir être le fait d'un individu isolé. J'avais espéré un temps que Marina Frolova, qui a fait une thèse sur l'objet Caucase dans la géographie russo-soviétique, pourrait être une force motrice dans un projet de ce genre. Cela n'a pas été le cas car elle est passée à autre chose. Aussi, j'avais le souci de mettre à profit ce séjour pour rencontrer les collègues que la thématique intéresse.

C'est peu de dire que ces attentes ont été déçues. J'ai assisté à un certain nombre de sessions de la commission « histoire de la géographie », toutes présidées par l'inamovible Alexeï Postnikov. Ce qui fut présenté par des collègues russes avait un caractère très descriptif et dénué de toute problématique ou esprit critique. Il s'agissait de célébrer les travaux et les jours de géographes et explorateurs du passé, en relatant par le menu leurs faits et gestes, les enjeux matériels de leur travail, en présentant aussi un certain nombre de réalisations, cartographiques pour l'essentiel. Je me souviens en particulier d'une présentation très monotone d'une collection de cartes européennes réalisées entre le XVe et le début du XVIIIe siècle qui figurent des toponymes et ethnonymes comprenant le terme "tartar" (ou "tatar"), qui a duré trois quarts d'heure et a consisté exclusivement en une présentation de documents, avec un commentaire centré sur la position relative de ce nom. Il n'y avait aucune réflexion sur les enjeux politico-historiques ou cognitifs de cette désignation. Autre déception, une communication centrée sur la figure ô combien essentielle de Dmitriï Nikolaïévitch Anoutchine, qui était aussi riche de contenu qu'un exposé d'élève de collège. Par ailleurs, la teneur des "débats" a montré qu'il était toujours aussi difficile aujourd'hui d'examiner des enjeux sociaux et idéologiques quand on aborde ce passé scientifique. Le chairman a fait montre d'un nationalisme assez confondant, multipliant les formules qui ancraient les hommes du passé dans un commun (ainsi l'usage du possessif "notre" dont l'insistance vient souligner l'importance patrimoniale des "hommes remarquables" - zamiétchatel'nyïé lioudi - du passé : "notre grand géographe", "notre universitaire", "il est des nôtres"). D'ailleurs le mouvement de jeunesse poutinien est souvent appelé "nachi" (les nôtres), ce qui est une façon très russo-soviétique d'afficher un nationalisme ombrageux en quelque sorte invisible à lui-même, puisqu'il n'a même pas besoin d'user d'autre chose que d'un possessif d'une banalité limpide.

Je me suis laissé dire que mon sentiment avait été ressenti dans d'autres sessions, en tout cas en ce qui concerne les énumérations descriptives plates. Sans doute peut-on interpréter l'impression de stagnation (sinon de régression) que donne la géographie russe par la crise particulièrement sévère que traversent l'université et la recherche russes depuis plus de deux décennies. Si certains secteurs du développement national ont connu un redressement spectaculaire, il n'en va pas de même pour des activités dont la valorisation économique est faible, ce qui est particulièrement le cas pour la production de savoirs gratuits. Dans ces conditions, comme me l'a confirmé Vladimir Kolossov, plus personne ne peut se permettre de concentrer son travail sur une activité aussi dénuée d'enjeu que l'histoire de la géographie. Restent quelques retraités longuement durcis dans un moule soviétique et des jeunes étudiants que l'on bizute en leur faisant prononcer des exposés sur les vieilles gloires de "notre histoire" (enfin, la leur...). Ce n'est déjà pas facile de faire de l'histoire des sciences dans un pays aussi bien doté que la France, alors en Russie, après trente ans de difficultés considérables, il n'y a rien de surprenant. Rétrospectivement, c'est ma naïveté et mon enthousiasme initiaux qui me posent question. Encore fallait-il aller voir.

Reste le nationalisme. J'ai la faiblesse de penser que la culture et l'habitude de travailler à des sujets complexes constituent des garde-fous non pas systématiques mais néanmoins tendanciellement efficaces. Je n'ai pas eu suffisamment d'occasions de parler de manière approfondie avec des collègues russes durant ces quelques jours (ce séjour était trop court et insuffisamment immersif pour ce faire) pour pouvoir me faire une idée précise. Mais en tout cas j'ai pu constater que le réflexe "nachi" était là aussi chez des "savants", en particulier âgés. Effet d'une marginalisation sociale particulièrement cruelle ? C'est difficile à dire. Le 20 août, j'ai participé à une visite en autocar de la ville avec un public constitué quasi exclusivement de russophones (car le guide ne parlait pas d'autre langue). C'était supposé être une excursion scientifique avec un conférencier prisé. Pourtant, mis à part quelques considérations géomorphologiques assez sommaires, le propos de ce monsieur a consisté essentiellement à désigner des lieux, à rappeler le passage de "notre grand homme" (écrivain, savant, prêtre ou dignitaire soviétique, etc., illustre) à tel endroit (fût-ce anecdotique), ou encore à relater longuement la renaissance de tel ou tel lieu de culte. Lors de la visite du magnifique couvent de Novodiévitchi, sa principale activité a consisté à permettre à ceux qui le souhaitaient d'aller se recueillir à l'intérieur des églises, ayant d'emblée annoncé qu'il n'aurait pas le droit de nous faire un exposé (qui de toute façon aurait été factuel et sans intérêt). La bigoterie du bonhomme a d'ailleurs fini par lasser la plupart des participants, qui l'ont envoyé sur les roses à sa énième proposition de visiter une église de quartier. Le développement urbain de la ville n'a jamais été évoqué, sinon dans des formulations très sommaires. Au moment de passer devant une mosquée, le guide nous a déclaré en substance : « Aujourd'hui, il y a deux millions de musulmans à Moscou (sur 12 millions). C'est un vrai problème. Bon, il nous faut nous montrer tolérants... » Il y avait par ailleurs un Ukrainien dans le groupe, très discret et réservé. Au moment de remonter dans le car près du mont des Moineaux, avant de retourner à l'université Lomonossov et de mettre un terme à l'excursion, le guide s'est aperçu que l'Ukrainien avait disparu. Et d'interpeller le groupe : « Nous avons perdu notre collègue ukrainien. Voulez-vous qu'on l'attende ? Bon, il nous faut montrer tolérants. » Sur quoi, dans un contexte atone, le car est reparti...

Je ne veux pas rester sur cette noté désabusée. La ville de Moscou a incroyablement changé. Elle accueille une diversité humaine significative. Les jeunes Russes ressemblent aux jeunes du monde entier et nul doute que les nouvelles générations auront un jour la possibilité de s'affranchir de cette chape nostalgique et acrimonieuse qu'il est aisé de ressentir (à condition de parler la langue). Quelques échanges m'ont permis de constater à quel point demeure chez de nombreux Russes cette curiosité et cette chaleur humaine que j'avais tant appréciées lors de mes précédents voyages.

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Séminaire Les écritures du géographique, deuxième saison

Les écritures du géographique

Séminaire mensuel / programme 2015-2016

 

Pascal Clerc, Maître de conférences à l’ESPE de Lyon, EHGO

Olivier Orain, Chargé de recherche au CNRS, EHGO

Muriel Rosemberg, Maître de conférences à l’UPJV, EHGO

Séminaire mensuel d’octobre 2015 à juin 2016, le vendredi de 10h à 13h Lieu: EHGO, UMR Géographie-cités, 13 rue du Four, 75 006 Paris (3ème étage, bibliothèque)

 

Ce séminaire entend développer l’investigation des formes savantes de l’écriture géographique en les mettant en contact et en tension avec d’autres formes de textes qui portent également des modalités de connaissance ou de questionnement géographiques (le sentiment paysager, le rapport aux lieux ou à l’espace, le devisement régional, etc.) : l’écriture de fiction sous tous ses registres, mais aussi le texte descriptif, le récit de voyage, l’essai, ou encore les écrits intimes. On fait en effet l’hypothèse que les formes d’écriture savante ne procèdent pas seulement d’un formatage disciplinaire, mais tout autant d’une matrice culturelle dans laquelle s’inscrit l’activité scientifique. Les choix d’écriture du monde savant (dispositifs rhétoriques, références culturelles, postures et genres scripturaires) seront dans cet esprit mis en perspective avec des pratiques d’écritures artistiques (et des réflexions sur ces pratiques) qui leur sont contemporaines.

Les écritures : le pluriel renvoie à la diversité des langages textuel et iconique (photographie, cinéma, cartographie, schématisation) et des dispositifs qui les combinent de façon variée. En ne privilégiant aucun type d’écrit, on vise à centrer le questionnement sur le geste d’écriture en tant que lieu d’élaboration d’une pensée, et sur les relations entre formes d’écriture et conceptualisation géographique. On s’attachera ainsi aux dessous de l’écrit en interrogeant la présence dans le texte des conditions de son élaboration (les marques de l’activité de recherche, de pensée ou d’écriture) ou en explorant un genre comme l’écrit intime (textes de géographes qui n’étaient pas destinés à la publication, tels la correspondance ou les carnets de voyages).

 

Vendredi 23 octobre 2015

Juliette Morel

Poétique et cartographie dans l'œuvre de Kateb Yacine

 

Vendredi 20 novembre 2015

Oriane Vilain

La mise en récit des régions frontalières dans des romans tchèques de la période communiste (Josef Jedlička, Bohumil Hrabal, et Jaroslav Durych)

 

Vendredi 18 décembre 2015

Jean-Marc Besse

Fiction cartographique

 

Vendredi 29 janvier 2016

Henri Desbois

Les imaginaires cartographiques, approches par la littérature

 

Vendredi 18 mars 2016

Guilhem Labinal

Stratégies d’écriture et relations texte-image dans les magazines grand-public de géographie

 

Vendredi 29 avril 2016 (lieu à préciser)

Didier Mendibil

Lectures de Georges Didi Huberman

 

Vendredi 20 mai 2016

Samuel Harvet

Philippe Vasset et la démarche documentaire en littérature contemporaine, une nouvelle forme d’écriture géographique ?

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