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Esprit de mai

En ces temps inquiétants, je travaille sur un projet de Colloque consacré aux relations entre les événements de Mai-1968 et les développements des sciences de l'homme en France avant, pendant et surtout après... Il y a déjà trois ans, j'avais sorti ce projet de mon carton à chapeau. Il n'était question que de géographie et ce n'était qu'une pure virtualité, puisqu'il s'agissait de faire des suggestions pour mon avenir au CNRS...
Depuis le livre simpliste de Luc Ferry et Alain Renault, La Pensée 68 (1985), deux idées n'ont cessé de se répandre. Il y aurait une pensée issue de Mai, qui aurait des contours précis, et cette "pensée" serait particulièrement nuisible, parce qu'à l'origine de tous les déclins français. En tout état de cause, la droite a trouvé là un excellent bouc-émissaire : vague mais ciblé, efficace parce que simplifié, symbole de l'effervescence des intellos-bobos que la "vraie France" qui se lève tôt exècre...
Pourtant, toute la difficulté de l'exercice consiste à mesurer l'incidence d'un événement singulier sur des tendances sociales à moyen terme. Un bon structuralo-marxiste dirait que l'on cache le temps long des transformations socio-économiques sous l'écume d'une manifestation épiphénoménale et superstructurelle. Et il n'aurait sans doute pas tort, même si ça fait mauvais genre aujourd'hui d'être structuralo-marxiste.
S'agissant de sciences, le pari est encore plus risqué : on a d'un côté un épisode social, culturel, générationnel ; et de l'autre des disciplines qui ont chacune leur développement cognitif propre, leurs logiques évolutives... Nouer les deux ensemble est un pari risqué, parce qu'il nécessite de trouver des indices forts d'une incidence de l'épisode sur les praticiens et leurs réseaux, sans parler des effets d'antériorité ou de feed-back : l'événement nourri par les sciences de l'homme...
Pour ce qui est de la géographie, j'ai passé plusieurs mois de ma vie à relever des traces de lien entre l'effervescence de mai et ce qui s'est passé durant la décennie suivante en termes de révision épistémologique et de transformations disciplinaires. Mais s'arrêter à la géographie, c'était une fois encore s'enfermer dans un petit monde dont l'autonomie n'était pas certifiée. Et il n'y avait d'intérêt à prolonger le questionnement qu'en comparant avec ce qui s'était passé ailleurs.
A l'automne dernier, ma bonne fée a fait pression pour que je participe de près aux activités de la Société française pour l'histoire des sciences de l'homme (SFHSH). Comme elle sait se montrer convaincante, je me suis porté candidat et, en janvier, j'ai été élu. D'une certaine manière, c'était l'issue raisonnable d'un soutien qui remonte à 1991 (ma première adhésion) mais que, provincial, je n'avais pas transformé en une participation active. Les colloques et journées d'études de la SFHSH sont toujours excellents : les intervenants sont toujours de qualité, on ne s'ennuie pas, et on apprend énormément de choses. Les réunions du CA (j'en ai fait 2 déjà) sont un vrai bonheur : quand on a connu les réunions à l'université de Toulouse-le Mirail, ça fait du bien...
Ils ne savaient pas quel thème trouver pour leur colloque annuel de 2008. Mais c'est trop bête ! Comment ne pas y avoir pensé plus tôt ? J'avoue que faire un colloque pour les 40 ans des Evénements c'est presque gênant tellement ça coule de source. L'affaire s'est amorcée en février, elle se poursuit. Il faudrait qu'elle s'accélère. Nous sommes 3 permanents syndicaux : Bertrand Müller, Jean-Christophe Coffin et votre serviteur. Notre quatrième homme tarde à rejoindre le radeau. L'appel à communication est urgent. Je reparlerai de tout cela quand ce sera plus avancé.