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En ce début décembre...

Je n'ai guère le temps, en ce moment, de publier quoi que ce soit sur ce blog.  Je m'en excuse auprès de ceux qui viennent y jeter un oeil de temps en temps et en repartent bredouilles. Décembre est un mois de paperasses, notamment au CNRS (c'est le temps des fiches CRAC, des dossiers de financement des colloques, etc.). En plus de cela, je fais des cours de philosophie des sciences, pour le moment sur un sujet que j'ai besoin de labourer inlassablement : le positivisme logique. Quand je passerai à Popper, Lakatos, Kuhn, etc., ça ira mieux car je serai en terrain "connu". En revanche, j'avoue que la philosophie dite "analytique" est un véritable défi intellectuel pour moi, car j'ai beaucoup de mal à rentrer dans la façon de raisonner de gens comme Carnap, Wittgenstein, Quine, et quelques autres.
Cela me renvoie d'ailleurs à un sujet récurrent : la question de la clarté. Les philosophes du Cercle de Vienne, et Wittgenstein davantage encore, se voulaient des auteurs clairs, s'exprimant simplement. Pourtant, après trois semaines de lectures forcenées, j'en suis rendu à ma conclusion habituelle : l'apparente simplicité d'expression est loin d'être le critère unique de l'accessibilité d'une pensée. Je suis perplexe devant l'énorme travail de reformulation et d'interprétation que requiert un auteur comme Wittgenstein, si l'on souhaite le "comprendre". Des auteurs réputés difficiles comme Pierre Bourdieu, Claude Raffestin ou Jean-Claude Passeron me posent bien moins de problèmes, car il y a une possibilité d'intelligibilité interne qui ne nécessite aucune interprétation. Il suffit de les pratiquer avec une certaine assiduité pour que leur discours, du fait de sa cohérence, devienne largement accessible à la compréhension. Je pourrais donner bien d'autres exemples. En cela ils font contraste avec des auteurs qui, en apparence transparents, deviennent toujours plus opaques quand on s'appesantit sur leurs phrases. Ou alors, leur accessibilité immédiate ne permet pas d'accéder à certaines conclusions qui, elles, demandent un travail de réinterprétation que le texte ne fournit pas. Je donne souvent l'exemple d'Outsiders d'Howard Becker. Il y va je crois de l'absence d'un propos métadiscursif qui accompagnerait le discours premier et en expliciterait certains présupposés. Les auteurs que personnellement je trouve clairs apparient discours et discours sur leur discours. Cela me semble une condition de la clarté aujourd'hui.
En parlant de clarté : j'ai eu quelques réactions à l'article "constructivisme" tel qu'il figure en ligne sur Hypergéo. Pour une raison qui m'échappe, la structure en alinéas a été gommée, ce qui rend l'article difficile à lire. Je vais essayer de faire modifier cet état de fait afin que ce texte soit plus accessible. Il se peut que mon texte soit trop long pour le gabarit de l'encyclopédie, ce qui pourrait expliquer cet écrasement. C'est pourquoi je l'ai republié ici. J'ai par ailleurs re-déposé "La géographie comme science" sur hal-shs, dans la version que je donnais à mes étudiants de licence (L3) à l'université de Toulouse le Mirail. C'est une version plus longue, avec mon introduction initiale, des réécritures et clarifications. Mon amie et collègue Marie-Pierre Sol m'a aidé à rendre le texte plus accessible (même si ça demeure assez peu cursif). Pour le visionner :
halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00082173/fr/