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Un an plus tard...

Cela fait un an que j'ai posté un bref message annonçant l'envoi du manuscrit revu de ma thèse à mon éditeur. À dessein, je n'en ai pas reparlé depuis. Durant l'été 2007, Claude Blanckaert m'a renvoyé un jeu d'épreuves, tandis que durant juillet Marie-Claire Robic avait entièrement annoté mon texte. Pour des raisons compliquées, j'ai mis six mois avant de m'y remettre (avant de m'en remettre ?). Après deux mois d'un labeur très pénible, j'ai rendu le 9 avril 2008 un jeu d'épreuves corrigées, tenant compte des observations de l'un et de l'autre. J'ai réussi en plus à me défaire de nombreux passages qui apparaissaient assez superflus avec le recul. Ayant fait attendre Claude Blanckaert pendant huit mois, j'aurais des scrupules à lui demander le moindre compte sur l'état d'avancement du texte. Qu'il me suffise de dire que la parution pourrait se faire rapidement, s'il n'y a pas d'obstacles du côté de l'Harmattan, et si nous arrivons à trouver une illustration de couverture, exercice pour lequel je me sens particulièrement démuni. Je suis également censé écrire le texte de la quatrième de couverture, exercice qui me met assez mal à l'aise. Quand j'étais "petites mains" aux éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS) en 1992-1993 et 1995-1996, j'ai écrit plusieurs quatrièmes de couverture pour des livres que j'avais contribué à éditer. Mais précisément je n'étais pas l'auteur, et c'était donc assez facile à faire pour moi. Là, il en va autrement. Quand il sera temps, je le ferai néanmoins...
J'ai hâte que cette histoire se termine. Je me suis inscrit en thèse en 1992. Il m'a fallu cinq ans avant de trouver le bon sillon et de me mettre réellement à ce qui allait devenir, en octobre 2003, un objet « soutenable ». Il s'est encore passé trois ans et demi avant que je ne remette la chose sur le métier pour en faire un livre. En cette époque qui valorise les productifs, je me fais l'effet d'une tortue baroque. D'ailleurs, quand on me demande aujourd'hui des textes qui seraient une « valorisation » de ma thèse, je rentre instantanément dans ma carapace. Je n'en ai pas du tout envie. Mon effort présent consiste précisément à ne pas repasser les plats du passé. Cette attitude n'est pas dictée par un orgueil ombrageux, mais par une incapacité constitutive à prendre du plaisir à la répétition. D'ailleurs, ça vaut pour n'importe quoi : contes, musique, démarches administratives... Là où certains trouvent une sécurité dans la réitération, c'est en ce qui me concerne une dissuasion, un blocage en amont. Combien de fois je me suis mis dans des situations inextricables parce qu'il fallait exécuter une tâche simple mais comportant un certain nombre de redites.
Dans le suivi du colloque « Mai 68, creuset pour les sciences de l'homme ? », cela m'a parfois joué des tours pendables. Tout le travail de « secrétariat », qu'il m'a bien fallu assumer faute de solutions alternatives, a souvent laissé à désirer. C'est dans des circonstances de la sorte que l'on prend la mesure de la précarité de ce genre d'entreprise : on fait tout, de l'élaboration intellectuelle au suivi des invitations et des demandes de financement. Mais comme il y a tant d'autres tâches à remplir par ailleurs, souvent elles-aussi secrétariales, des boulettes se produisent, des délais sont dépassés, etc. Alors je ne regrette pas pour autant le bon vieux temps des mandarins et de leurs secrétaires attitrées, mais je m'inquiête de modes d'évaluation de la recherche qui ignorent le niveau de dénuement logistique dans des secteurs aussi mal dotés que l'histoire des sciences humaines (et les SHS en général).

Le colloque, parlons-en.
Bertrand Müller et moi avons transmis un programme provisoire - où ne figurent que les interventions certaines - pour la prochaine Lettre de la SFHSH. Mais nous nous refusons pour le moment à mettre en ligne un programme sur les principaux sites de diffusion de la recherche. Trop de lettres d'invitation sont restées jusqu'à présent sans réponse. Trop de pistes excitantes demeurent en suspens, faute de répondant chez les interlocuteurs pressentis. Il va falloir réécrire, relancer, alors que le colloque est dans deux mois ! Et combien de spécialistes de telle ou telle question qui se sont récusés du fait qu'il s'agissait d'un colloque d'histoire des sciences ? Les clients pour parler de Mai-68 en relation avec tel ou tel registre social sont légion. Mais dès que l'on précise qu'il est question de la construction cognitive de ces registres, dans un régime d'historicité mis en question, il n'y a plus grand monde. C'est comme si l'objectivisme social faisait son grand retour, même à propos de l'événement stipendié de la déconstruction collective !
Pour l'heure, je m'en tiendrais là, me réservant de publier des réflexions pendant l'été au gré de la préparation de mon intervention, et si j'en ai l'énergie ou le courage.