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Articles avec #informations personnelles catégorie

Un moment charnière ?

Je prends assez peu le temps de publier des éléments personnels sur ce blog, qui est devenu une sorte de mini-Calenda. Voici donc quelques informations sur mon activité de ces derniers temps.

Marie-Claire Robic et moi avons travaillé en 2015-2016 sur les chaires du Collège de France comprenant le mot "géographie" dans leur intitulé pour les besoins d'un colloque organisé par Wolf Feuerhahn (Dans l'atelier des intitulés. À propos de la singularité du Collège de France. 27-28 novembre 2014). Nous en avons tiré une contribution à quatre mains intitulée « La géographie au Collège de France (milieu XIXe-milieu XXe siècle), ou les aléas d’une inscription disciplinaire », qui devrait paraître dans le volume d'actes tirés du colloque, en 2017 sans doute. C'est un assez long texte (encore !) dont je suis très heureux car c'est la première fois que je cosigne un article avec celle qui est depuis 25 ans une source d'inspiration, un modèle, une amie, etc.

En octobre 2015, l'ami Wolf Feuerhahn a signalé lors d'un comité de rédaction de la Revue d'histoire des sciences humaines le lancement d'un séminaire de doctorants piloté par Camila Orozco-Espinel et Yann Renisio, intitulé "Faire science. Usages de la scientificité en sciences humaines et sociales (1920-1960)", dont devait sortir à terme un dossier pour la revue. Comme le sujet était congruent avec l'un de mes centres d'intérêt principaux, je me suis rapproché d'eux. J'ai participé à la plupart des séances (fort intéressantes) et ai présenté une contribution en février 2016 intitulée "Faire science en géographie (1930-1980). Perspectives transatlantiques". Le dossier est actuellement en cours d'évaluation et devrait constituer le n° 31 de la RHSH. Je devais initialement y proposer une revisite de la controverse Schaefer-Hartshorne, mais ayant une HDR à écrire, j'ai finalement proposé de faire quelque chose de plus large et de moins circonstancié, un peu dans la lancée de ma présentation orale. Pour l'instant, d'autres contraintes ont fait que je n'en ai pas écrit la moindre ligne. C'est à mon agenda des deux prochaines semaines.

Je suis allé au Festival international de géographie de Saint-Dié pour la première fois à l'automne 2016, invité par Benoît Antheaume et Pascal Clerc pour parler de Renée Rochefort (1924-2010), dans le cadre de la conférence annuelle sur les figures de la géographie. Je suis moyennement enthousiasmé par le titre de la conférence. En revanche, les recherches entreprises ont été fort stimulantes et il semblerait que la présentation a plu à l'auditoire (je suis toujours le plus mal placé pour me faire juge de mon propre travail). Il paraît que c'était fidèle à la mémoire et à l'esprit de la dame, ce qui était mon ambition spécifique. Je tiens dans cette optique à remercier Nicole Commerçon, Marc Bonneville et André Vant pour le temps qu'ils m'ont consacré et les souvenirs et analyses qu'ils ont partagés avec moi. Je suis supposé en faire dans les semaines à venir une notice pour la collection Geographers.

Dans le sillage de la publication en français des principaux textes de Norbert Elias portant sur la sociologie de la connaissance et des sciences, La Dynamique sociale de la conscience (La Découverte, 2016), Marc Joly (éditeur du volume) et Wolf Feuerhahn m'ont demandé de participer à un colloque qu'ils organisaient les 19 et 20 janvier 2017 au Centre Koyré. Ma lettre de mission consistait à analyser la façon dont N. Elias a parlé de Thomas Kuhn et Imre Lakatos, tout particulièrement dans un texte publié en 1972 dans Economy & Society et intitulé “Theory of science and history of science: comments on a recent discussion”. Pour ce faire, je me suis replongé dans les œuvres des uns et des autres, en particulier les recueils d'articles de Kuhn The Essential Tension (1977) & The Road Since Structure (2003) mais aussi le volume en français de textes rassemblés par I. Lakatos et A. Musgrave Criticism and the Growth of Knowledge (1969), le célèbre quatrième volume d'actes du Colloque international de philosophie des sciences de Londres (1965). Une fois n'est pas coutume, j'ai écrit une bonne partie de ma contribution, de sorte qu'il devrait m'être assez facile d'en tirer un article, à condition d'agir vite.

Je suis désormais directeur de deux revues à la fois, situation qui m'a valu nombre de commentaires préoccupés et incitations à passer rapidement la main. Pourtant, qui est disposé aujourd'hui à faire ce genre de travail ? La seule chose qui compte dans l'évaluation d'un chercheur est la publication d'articles originaux, de préférence dans des revues de rang A. J'en dirige une avec Catherine Rhein et j'essaie avec Wolf Feuerhahn d'y faire accéder une autre. C'est un travail absolument passionnant et nécessaire, et tant pis pour les considérations stratégiques ou égoïstes. Faire vivre des collectifs me semble plus important que tout, car sans eux la recherche s'étiole. À brève échéance, Catherine et moi devons livrer un éditorial pour le n°1/2017 de l'Espace géographique. Je n'en dis pas davantage...

L'année qui vient, le séminaire Les écritures du géographique sera moins centré sur la littérature et davantage sur l'écriture de la géographie. Je vais y proposer une série de travaux, sur la catégorie d'espace (source de tant d'agacements) et sur Roger Brunet (avec Muriel Rosemberg). Les deux doctorants qui travaillent avec moi, Matthieu Pichon et Dylan Simon, y feront aussi une présentation chacun. Pas la peine d'épiloguer sur tout cela. Je rappelle à mes lecteurs que ces séances, hormis celle de janvier, sont ouvertes au public.

Si tout se passe bien cette année à la différence de la précédente (où j'ai été malade à répétition pendant plus de deux mois : grippe, bronchites, etc., avant de passer deux mois à faire des bilans de santé), je rédige mon Habilitation à diriger des recherches (HDR) entre février et septembre. C'est devenu une nécessité. Un nombre toujours plus important de mes anciens étudiants accède à des statuts auxquels l'absence de cet exercice dans mon CV m'empêche de postuler, ce qui parfois me laisse songeur, alors que je dirige déjà des thèses et qu'on me demande conseil pour des HDR. Ce désajustement (comme aurait dit Bourdieu) commence à me peser.

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Dernière ligne droite

Normalement, ça devrait ressembler à ceci :

 

De mon côté, tout est prêt : le manuscrit (issu d'un troisième jeu d'épreuves) et le paratexte. Maintenant, une fois que le contrat sera signé (normalement le vendredi 12 décembre), c'est à l'Harmattan de jouer...

L'idée de la couverture est de Marie-Claire Robic à la base. Et c'est Carole Duval, une graphiste qui travaille à l'Institut de géographie de Paris, qui lui a donné une forme tangible. La direction générale consistait à superposer une vieille carte topographique, emblème d'une géographie réaliste, avec une carte thématique à visée interprétative. En prenant (quelle surprise !) un même référentiel languedocien, ça nous a menés à l'une des réalisations graphiques de Système économique et espace de Franck Auriac.

La carte d'état major "Narbonne" au 1/80 000e (1851) sert donc d'arrière-plan et le schéma interprétant la "potentialisation spatiale du vignoble languedocien" - largement retravaillé par la couleur et délesté de sa légende - est placé par dessus. Carole Duval y a adjoint un monde en guirlande jaune. Le tout forme un palimpseste de la géographie !

 

 

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Un an plus tard...

Cela fait un an que j'ai posté un bref message annonçant l'envoi du manuscrit revu de ma thèse à mon éditeur. À dessein, je n'en ai pas reparlé depuis. Durant l'été 2007, Claude Blanckaert m'a renvoyé un jeu d'épreuves, tandis que durant juillet Marie-Claire Robic avait entièrement annoté mon texte. Pour des raisons compliquées, j'ai mis six mois avant de m'y remettre (avant de m'en remettre ?). Après deux mois d'un labeur très pénible, j'ai rendu le 9 avril 2008 un jeu d'épreuves corrigées, tenant compte des observations de l'un et de l'autre. J'ai réussi en plus à me défaire de nombreux passages qui apparaissaient assez superflus avec le recul. Ayant fait attendre Claude Blanckaert pendant huit mois, j'aurais des scrupules à lui demander le moindre compte sur l'état d'avancement du texte. Qu'il me suffise de dire que la parution pourrait se faire rapidement, s'il n'y a pas d'obstacles du côté de l'Harmattan, et si nous arrivons à trouver une illustration de couverture, exercice pour lequel je me sens particulièrement démuni. Je suis également censé écrire le texte de la quatrième de couverture, exercice qui me met assez mal à l'aise. Quand j'étais "petites mains" aux éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS) en 1992-1993 et 1995-1996, j'ai écrit plusieurs quatrièmes de couverture pour des livres que j'avais contribué à éditer. Mais précisément je n'étais pas l'auteur, et c'était donc assez facile à faire pour moi. Là, il en va autrement. Quand il sera temps, je le ferai néanmoins...
J'ai hâte que cette histoire se termine. Je me suis inscrit en thèse en 1992. Il m'a fallu cinq ans avant de trouver le bon sillon et de me mettre réellement à ce qui allait devenir, en octobre 2003, un objet « soutenable ». Il s'est encore passé trois ans et demi avant que je ne remette la chose sur le métier pour en faire un livre. En cette époque qui valorise les productifs, je me fais l'effet d'une tortue baroque. D'ailleurs, quand on me demande aujourd'hui des textes qui seraient une « valorisation » de ma thèse, je rentre instantanément dans ma carapace. Je n'en ai pas du tout envie. Mon effort présent consiste précisément à ne pas repasser les plats du passé. Cette attitude n'est pas dictée par un orgueil ombrageux, mais par une incapacité constitutive à prendre du plaisir à la répétition. D'ailleurs, ça vaut pour n'importe quoi : contes, musique, démarches administratives... Là où certains trouvent une sécurité dans la réitération, c'est en ce qui me concerne une dissuasion, un blocage en amont. Combien de fois je me suis mis dans des situations inextricables parce qu'il fallait exécuter une tâche simple mais comportant un certain nombre de redites.
Dans le suivi du colloque « Mai 68, creuset pour les sciences de l'homme ? », cela m'a parfois joué des tours pendables. Tout le travail de « secrétariat », qu'il m'a bien fallu assumer faute de solutions alternatives, a souvent laissé à désirer. C'est dans des circonstances de la sorte que l'on prend la mesure de la précarité de ce genre d'entreprise : on fait tout, de l'élaboration intellectuelle au suivi des invitations et des demandes de financement. Mais comme il y a tant d'autres tâches à remplir par ailleurs, souvent elles-aussi secrétariales, des boulettes se produisent, des délais sont dépassés, etc. Alors je ne regrette pas pour autant le bon vieux temps des mandarins et de leurs secrétaires attitrées, mais je m'inquiête de modes d'évaluation de la recherche qui ignorent le niveau de dénuement logistique dans des secteurs aussi mal dotés que l'histoire des sciences humaines (et les SHS en général).

Le colloque, parlons-en.
Bertrand Müller et moi avons transmis un programme provisoire - où ne figurent que les interventions certaines - pour la prochaine Lettre de la SFHSH. Mais nous nous refusons pour le moment à mettre en ligne un programme sur les principaux sites de diffusion de la recherche. Trop de lettres d'invitation sont restées jusqu'à présent sans réponse. Trop de pistes excitantes demeurent en suspens, faute de répondant chez les interlocuteurs pressentis. Il va falloir réécrire, relancer, alors que le colloque est dans deux mois ! Et combien de spécialistes de telle ou telle question qui se sont récusés du fait qu'il s'agissait d'un colloque d'histoire des sciences ? Les clients pour parler de Mai-68 en relation avec tel ou tel registre social sont légion. Mais dès que l'on précise qu'il est question de la construction cognitive de ces registres, dans un régime d'historicité mis en question, il n'y a plus grand monde. C'est comme si l'objectivisme social faisait son grand retour, même à propos de l'événement stipendié de la déconstruction collective !
Pour l'heure, je m'en tiendrais là, me réservant de publier des réflexions pendant l'été au gré de la préparation de mon intervention, et si j'en ai l'énergie ou le courage.

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émission de radio sur mai-68 et les sciences

Le vendredi 21 mars de 14 à 15h en direct dans La tête au carré - le magazine de vulgarisation scientifique de France Inter - je discuterai avec l'animateur Mathieu Vidard de "ce que mai-68 a fait aux sciences" (et aux scientifiques), suivant la jolie formule de mon collègue (et ami) Bertrand Müller (mais en l'élargissant un peu). L'interview proprement dite représente la moitié du temps de l'émission. Je la prépare activement, afin d'avoir des choses synthétiques à dire (et ne pas parler que de géographie !). J'aurais envie de dédier mon travail sur la question aux travaux précurseurs de Michael Pollak, admirable sociologue des sciences, fauché par le SIDA en 1992.
Pour le reste, ce blog retrouvera bientôt des couleurs (et de nouveaux textes), car je ne suis plus très loin d'en avoir fini avec ce qui m'astreint actuellement au silence...

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Brèves

En ligne depuis quelque temps sur Hypergéo, la nouvelle mouture de mon article "réalisme" :
www.hypergeo.eu/article.php3
Et puis également "constructivisme", révisé et en ligne pour la première fois :
www.hypergeo.eu/article.php3
Pour l'essentiel, ces textes étaient prêts depuis janvier dernier. L'optique était de vulgarisation. Il s'agit avant tout de penser l'incidence descriptive de ces termes en géographie (et non dans l'absolu).

Le colloque "Mai 68" avance bien : il m'a énormément occupé ces temps derniers. Au total, nous avons reçu une vingtaine de propositions de communication. Il y en avait deux hors sujet, mais pour le reste, il n'y a pas de raison que nous refusions quiconque. Une ébauche de programme existe, réalisée avec Bertrand Müller la semaine dernière, et qui a été approuvée par le CA de la SFHSH. J'ai travaillé auparavant sur le budget et il va falloir recommencer pour le CNRS bientôt. La prochaine étape sera de consulter notre comité scientifique et d'inviter les contributeurs et témoins que nous aimerions voir intervenir. Je compte placer sur ce blog un compte rendu du livre de Kristin Ross, Mai 68 et ses vies antérieures.
Avant cela, j'ai des révisions sur "épreuves" du Plain-pied à terminer d'urgence (sans parler de mon désir d'une troisième version de l'introduction, qui sort très difficilement).
Lors de la "controverse" autour de la lettre de démission du sociologue Xavier Dunezat, il me démangeait de dire mes quatre vérités personnelles. Et puis, comme je n'avais rien à dire qui soit de nature à faire avancer le débat sur les dysfonctionnements de l'université française (qui sont pourtant légion), je me suis abstenu...

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C'est fait (?)

Ce soir, j'ai envoyé à Claude Blanckaert un fichier de 2Mo intitulé Le Plain-pied du monde, soit 404 pages au gabarit de sa collection "Histoire des sciences humaines". Je n'en peux plus. J'y ai travaillé tout le printemps, quand d'autres taches ne m'accaparaient pas.
Sinon, le texte de l'appel à communications pour le colloque "Mai-68, creuset pour les sciences de l'homme?" est prêt et "validé" par le CA de la Société française pour l'histoire des sciences de l'homme (SFHSH). Le comité scientifique se met en place lentement. J'attends des réponses. Dès que possible, nous le mettons en ligne. A la rentrée, nous nous occuperons des financements.
Ce blog sera sans doute en veille entre le 3 et le 25 juillet. Je serai supposément "en vacances", sauf du 12 au 17, période à laquelle je participe à une école d'été à l'ENS-LSH à Lyon. En revanche, la période allant de la fin juillet à la mi-août sera un bon moment pour publier ici de nouvelles choses et améliorer ce qui est déjà en ligne.

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Poétique et géographie (ou comment je les ai mariées à ma façon)

Un jour, un ami m’a demandé comment j’en étais arrivé à sympathiser avec deux géographes fort connus, l’un genevois et l’autre montpelliérain-avignonais. Le parcours est assez sinueux j'en conviens, et si vous n'aimez pas les réflexions autobiographiques, je vous déconseille de poursuivre. Le présent texte date d’il y a un an déjà, et la plupart de mes amis l'ont reçu sous forme de mail. J'ai simplement ajouté un paragraphe sur Vladimir Nabokov.

En quatrième, j'avais un professeur de français qui s’appelait Christian Joutard. Ses cours étaient terriblement ennuyeux, mais passionnants aussi, d'une certaine manière. Je crois bien que j'ai découvert l'interprétation auprès de lui : du texte, de l'image... C'est un exercice qu'à l'époque je n'arrivais pas à maîtriser. Je me morfondais des heures à la maison, incapable de trouver des réponses aux questions posées au bas des textes que nous avions à préparer. Je n'étais pas aidé : mes parents sont deux matheux, pas du genre inculte, mais pas des littéraires non plus. En rédaction, M. Joutard m’infligeait régulièrement des D ou des C-, ce qui me mortifiait, surtout quand il lisait ensuite les essais délicieux de certains de mes petits camarades. J'en ai conçu, pour longtemps, le sentiment que je n'étais pas doué pour ce genre d'exercices et qu'il existait une espèce supérieure, les « littéraires », qui possédaient une qualité dont j'étais dénué.

Passent les années, et avec elles monte le désir de compenser mon handicap, de devenir aussi capable qu'un autre dans la compréhension d'un texte. Cela n'avait rien à voir à l'époque, mais c'est aussi le moment où je voulais devenir psychiatre. Il en est résulté que j'étais très attentif à tout ce par quoi mes enseignants de français en arrivaient à commenter un texte. Je crois que j'ai réellement concentré mes facultés d'apprentissage sur cet exercice, avec une difficulté majeure, qui était l'absence d'un discours explicite sur comment il fallait faire. C'est dans ces années que j'en suis venu à considérer tout texte littéraire comme une énigme dont il fallait que je trouve la clef. C'était peut-être illusoire, mais l’exercice a été fécond, il me semble, à la longue. Cela ressemble étrangement à ce que mon maître saint Thomas Kuhn dit de l’apprentissage scientifique en général ! J'ai aussi bénéficié de la diversité parmi mes enseignants successifs, qui m'ont tous apporté quelque chose. De la quatrième à la terminale (deux profs hommes encadrant mes trois formatrices), je suis passé du statut d'élève médiocre en français à celui de quasi premier de la classe. En dissertation, cela a été très vite : j'ai toujours eu des facilités dans l'exercice. Cela m'a même valu un 18 au bac. En commentaire, il a fallu un long labeur. Je n'étais vraiment pas armé à la base pour l'exercice. Cette histoire me fait douter du caractère inné de nos facultés. Quand on veut très fort quelque chose et qu’on y travaille longtemps, le labeur finit par payer.

 

Autre détail, en apparence anodin : j’ai lu Pnine de Vladimir Nabokov alors que j’étais en troisième. Ce livre a été un choc. Dans les années qui ont suivi, j’ai lu la quasi-totalité de l’œuvre romanesque de ce monsieur, et l’ensemble de ses cours et essais littéraires. Même si nos vues politiques ne pourront jamais se rejoindre, pour le reste il a été une sorte de parrain pour moi. Pendant quinze ans au moins, j’ai aspiré sa manière comme un buvard s’emplit d’encre. En première, j’ai acheté l’essai que Maurice Couturier lui avait consacré aux éditions l’Âge d’homme en 1979. Et là, nouveau choc : j’ai découvert la critique littéraire structuraliste et tout particulièrement Gérard Genette, par l’entremise de cette étude. C’était très difficile à lire pour un adolescent de seize ans, mais j’ai été attiré par la poétique comme un papillon par une bougie. En outre, il existe une compatibilité fondamentale entre les structuralistes français et Nabokov dans la façon de concevoir la littérature. L’origine est d’ailleurs commune : c’est le formalisme russe et la revue Viékhi (les jalons), matrice qui a engendré Tynianov, Chklovski, Jakobson et les plus grands écrivains russes du XXe siècle, Biélyï, Nabokov, Zamiatine, Olécha, Tynianov (encore), etc. Grâce notamment à Tzvetan Todorov, la tradition critique est assez bien connue chez nous. En revanche, sorti de Vladimir Vladimirovitch, plus connu par sa carrière américaine et Lolita que par ses œuvres russes, les écrivains formalistes russes sont peu lus et peu connus. On leur préfère l’inspecteur de police Dostoïevskiï et le diacre Soljénitsyne, des moralistes en somme, pas ou peu des artistes.

C'est surtout à partir de la terminale que ma faculté de commentaire a commencé à voler de ses propres ailes. Je n'ai jamais fonctionné comme un « vrai » littéraire, en ce sens que je ne rendais pas des pièces sobres, sèches, inspirées, mais des machins longs, fluviaux, avec des masses de « preuves » et une terminologie intuitive. Je me souviens ainsi de l'énormité d'un commentaire du poème Clown de Michaux en hypokhâgne. Lors de ma première khâgne, j'ai accompli ce que je considère comme ma première réussite significative : décrypter un poème réputé hermétique de Joachim Du Bellay. Il faut dire que j'ai eu la chance cette année-là d'avoir un condisciple qui était vraiment un grand commentateur, David Ben Soussan, et d'avoir pu tirer des leçons de sa manière de faire. Le résultat est que, à la fin de ma seconde khâgne, avec deux amis futurs normaliens, nous nous amusions comme des jeunes Turcs sur les oeuvres au programme : Racine, Molière, Sartre, et surtout Rousseau et Ernest Renan (pour celui-là, le but était de montrer comment il se noyait dans ses contradictions). Il y avait entre nous ivresse et émulation.

J'ai intégré l'ENS de Fontenay-Saint-Cloud. Le hic, c'est que je l'ai intégrée dans l'option histoire-géographie. Après le bac, toujours à mon complexe d'infériorité à l'égard des « vrais littéraires » et parce que je n'avais pas fait de latin, je me suis engagé dans un cursus d'histoire. J'avais toujours excellé dans cette discipline, je l'aimais bien (sauf quand il fallait lire des livres). Sauf qu'il m'a fallu faire aussi de la géographie, cette matière un peu ennuyeuse, surtout avec l'émergence post-bac du commentaire de carte et de la géomorphologie. Deuxième embûche : le professeur d'histoire en khâgne était la personne la plus rébarbative de la terre. Mes six heures par semaine dans ses classes représentaient un calvaire de plâtre. En revanche, en géographie, les enseignants étaient dynamiques et leurs cours intéressants. Il y en avait un pour le commentaire de carte et un pour le programme « commun » de géographie. Avec ce dernier, j'ai fait pas mal de choses à l'extérieur du lycée : des randonnées, des soirées. C'était un homme jeune, et qui lors de ma deuxième khâgne a décidé de me mettre au travail dans sa discipline. Après une sale note au premier devoir sur table, il m'a enjoint de prendre les choses au sérieux, en jouant sur mon orgueil et nos relations amicales. Il m'a surtout fait lire de la géographie. LIRE de la géographie ! Cet entraînement spécifique n'a pas tardé à porter ses fruits, comme à chaque fois qu'il y a un obstacle à franchir. Et ce que mon enseignant n'avait pas mesuré, c'est qu'il m'a rendu sa matière attrayante, qu'il m'a fait découvrir des auteurs qui sont devenus mes premières admirations géographiques, au premier chef Roger Brunet, pour qui mon estime intellectuelle ne s’est jamais démentie. Je dois dire aussi que cet enseignant, Gabriel Weissberg, était exceptionnellement bon. Il avait une façon hors du commun d'aller à l'essentiel. Très nonchalant, il donnait l'impression de se moquer de tout, mais en fait ses cours étaient ce qu'on pouvait faire de plus fin, de plus nuancé, de plus ad hoc sur les questions posées. Je lui suis très reconnaissant de m'avoir fait décoller, mais je lui en « veux » un peu aussi, parce que j'ai imaginé que tous les géographes seraient comme lui ou Roger Brunet ! Et donc, écoeuré "par" l'histoire et regonflé par l'espace, j'ai décidé de devenir géographe. C'est mon prof de philosophie qui a été surpris, lui qui m'aimait bien aussi et me considérait comme un esprit plutôt spéculatif. Mais c'était un homme qui respectait profondément les choix et les idées des autres, quand bien même il ne partageait pas les unes ou ne comprenait pas les autres.

Pendant mes années à l'ENS, j'ai donc suivi un cursus de géographie : licence, maîtrise (à Paris I), agrégation (à l'ENS), DEA (à Paris I). Il n'a pas fallu un semestre pour que je découvre une toute autre géographie : ennuyeuse, professée par des fumistes, scholastique, etc. Au premier semestre de licence, j'avais plus de 20 heures, dont 18 à mourir d'ennui. Je n'arrivais pas à lire une ligne de ces manuels en plâtre qu'on nous recommandait. Heureusement qu’il y avait, outre les cours à l’ENS, Nicole Mathieu, Philippe Pinchemel et Emmanuel Gu-Konu. Pendant mes trois premières années, je n'ai pas fait grand chose, y compris l'année de l'agrégation. Je haïssais la géomorphologie et la géographie humaine me semblait complètement creuse. J'avais d'ailleurs un problème : je n'arrivais absolument pas à voir ce qui donnait une identité de science à cette matière accumulative, à cette fatrasserie encyclopédique. L'année d'agrégation a été un calvaire. C’était bien avant l’heureuse réforme de 2001. Je me contentais d'assister aux cours, et encore, pas tous. En revanche, je me suis définitivement réconcilié avec l'histoire cette année-là : nous n'avions que des cours excellents, avec les meilleurs spécialistes des questions au programme. Entre l'écrit et l'oral, j'ai fait pour mes petits camarades un topo sur la littérature russe entre 1900 et 1940, qui m'a permis enfin de renouer avec mes deux amours : la critique littéraire et la littérature russe (l'une des questions au programme était « Russie-URSS, de l'abolition du servage (1861) à l'opération Barbarossa (1942) » : encore une de mes veines). Et je me suis juré que je ne ferais jamais plus de géographie en recherche, si jamais j'avais l'agrégation. La crise a continué pendant les débuts de mon DEA. J'en avais choisi un qui s'intitulait « Analyse théorique et épistémologique en géographie ». C'était autant de gagné par rapport à la géographie mainstream. Outre la littérature, le russe et le commentaire de texte, la philosophie faisait partie des choses que j'aimais pratiquer.

 

C'est là que j'ai rencontré Marie-Claire Robic, ma future directrice de thèse, l'une des personnes qui ont le plus compté dans ma vie, modèle, source d'inspiration, etc. Outre que j'ai immédiatement adhéré à ce qu'elle racontait, il se trouve qu'elle organisait des séances durant lesquelles nous commentions des textes de géographes. C'était facile et agréable pour moi, qui avait passé mon adolescence à apprendre à commenter. Ensuite, je suis parti en Russie, avec dans l'idée de faire une thèse sur les récits de voyage en Sibérie au XIXe siècle : un stratagème pour échapper à la géographie ! Mon séjour là-bas m'a terrorisé. C'était le début de l'ère Eltsine. Je ne retrouvais plus le doux pays brejnévien (!) de mon adolescence. Je n'avais pas envie de retourner tous les ans dans ce chaos déliquescent, où les tracasseries administratives étaient restées aussi ubuesques, mais où le spectacle de la misère était omniprésent. Faire une thèse sur le délabrement du pays eut été la seule chose décente. Mais je ne suis pas économiste et je ne voulais pas faire de la géographie de terrain. J'ai tourné casaque. En plus, à mon retour, j'ai eu le choc d'une leçon d'anthologie que nous prodigua Jean-Louis Tissier : une comparaison entre Zola et Vidal de la Blache qui était absolument lumineuse. J'ai décidé de travailler sur la géographie française et de lui appliquer ce que je savais faire : des commentaires de texte. Je ne rentre pas dans les détails des années 1992-1997, durant lesquelles ce projet n'était qu'une velléité (il y a eu le travail, la vie de couple, le bébé, les 2 ans à l'étranger, la maladie au retour). 

À l'été 1997, Marie-Claire Robic m'a enrôlé pour un colloque qui devait se tenir à Sion (Suisse). Là, je me suis retrouvé au pied du mur. Les piles marmoréennes d'ouvrages de géographie devaient produire quelque chose, sinon j'étais un homme mort. Et elles ont produit. Produit à propos d'auteurs, produit un « sens de l'histoire » (hum). Je me suis mis au travail. 1997-2003 : travail intermittent, au rythme des colloques d'abord, puis des grandes vacances, puis, après avoir décroché un détachement au CNRS, travail de longue haleine, intense. Et les écrits des géographes francophones sont devenus ma façon d'appliquer ce que j'avais acquis durant mon adolescence. Particulièrement, les textes énigmatiques, les travaux difficiles, sont devenus un challenge. Parmi ceux-là, deux noms surnagent : Franck Auriac, l'auteur d'une thèse fascinante « sur » le vignoble languedocien découverte pendant mon année de maîtrise ; et Claude Raffestin, immense géographe genevois, qui se trouve être également l'un des plus grands théoriciens de la géographie francophone. Entre autres choses, je leur ai finalement consacré une moitié de chapitre de ma thèse, le dernier, dans lequel figuraient deux monographies de leurs productions respectives. Ils ne sont pas les deux seuls auteurs sur lesquels je me suis longuement arrêté : on peut voir mon travail comme une succession de monographies partielles. Mais ils sont les seuls auteurs vivants sur lesquels j'ai fait un travail de "corpus" et auxquels j'ai pu adresser ma thèse. J’en ai également envoyé un à Roger Brunet (et à quelques autres) mais il n'y a pas vraiment de monographie sur lui dans ma thèse. Il est très présent, mais de manière plus diffuse. Un jour, j’écrirai un livre sur l’œuvre de Roger Brunet. 

Petit à petit, je me suis réconcilié avec la géographie. Grâce à ces quelques-uns qui m'ont redonné foi dans les géographes, outre les trois sus-cités et mes profs de khâgne (Gabriel Weissberg et Jean-Marc Pinet), outre Marie-Claire, Jean-Louis Tissier et Nicole Mathieu, certains géographes. Faut-il des noms ? Beaucoup de Dupont, surtout le noyau ancien (si je commence à citer et que j'en oublie, je pourrais me faire des ennemis !), Philippe Pinchemel, Denise Pumain, Thérèse Saint-Julien, Bernard Debarbieux, Catherine Rhein, Georges Bertrand, Vincent Veschambre, Vladimir Kolossov, Fabrice Ripoll, quelques autres. Il y a aussi tous ceux que je n’ai pas encore lus et que je ne pourrais donc évoquer. 

Je pense que je suis d'abord et avant tout un clinicien — et c'est là qu'on retrouve la psychiatrie. J'essaie de rentrer dans la pensée de quelqu'un, de la comprendre, de la faire fonctionner de l'intérieur. Rien n'est davantage victorieux pour moi que de comprendre des développements qui m'étaient inaccessibles à priori, des raisonnements étrangers à ma façon de penser. Me décentrer pour saisir le point de vue de l'autre, dans sa différence radicale et irréconciliable. L'écrit d'autrui est ma base principale, jusqu'à présent, avec cette commodité du précipité que l'on peut exciper pour l'exhiber, pour que ce que l'on affirme ne soit pas qu'une glose invérifiable.

Je pense que ce qui m'aide pas mal dans la vie est d'avoir été reconnu comme "juste" par certains de ceux que j'ai essayé de comprendre. C'est d'ailleurs tout à la fois gratifiant et une malédiction : nombreux sont ceux qui n'aiment pas qu'on les dénude...

 

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En relisant, en écrivant

Etrange tâche que de transformer un texte déjà écrit en livre. Je suis en plein dans la réécriture du Plain-pied du monde avant sa publication dans la collections Histoire des sciences humaines (HSH) de Claude Blanckaert à L'Harmattan. Après réception de la charte de la collection, je l'ai appliquée à mon texte, qui a "gonflé" de 400 à 600 pages (c'était en décembre dernier). A partir de janvier, j'ai été mobilisé par des activités diverses et c'est seulement maintenant que je me mets véritablement au travail de refonte.
Il n'a jamais été question pour moi de refaire un manuscrit en fonction des évolutions de mon travail depuis 2003, parce que cela déboucherait sur un tout autre texte. En revanche, il faut que je redescende à 400 pages (maxi). Le changement du système de références aide pas mal et dégonfle mon appareil de notes infrapaginales. J'ai réussi aussi à taillader dans les détails. Exit les quelques analyses sur Vidal de la Blache que je m'étais senti obligé de faire. Le chapitre sur de Martonne, déjà publié, n'y sera pas non plus. Pour l'instant, j'en suis à 510. J'ai bon espoir de rentrer dans les clous. Sur une journée de 10 heures, j'arrive à traiter 2/3 de chapitre - et il y en aura 7. Il me reste environ 10 grosses journées de travail, avant de soumettre le résultat à mes deux lectrices préférées, puis à Claude. J'aimerais finir d'ici à la seconde moitié de mai. Y arriverai-je ?
L'introduction a été reprise maintes fois, car c'est d'elle dont bien des lecteurs se sont plaints le plus. Etrange quand on y pense : elle avait été rédigée en deux jours, avec une facilité déconcertante. Sur le moment, je l'avais trouvée très abordable. Plus j'y retourne et plus je réaménage. Il faudra bien arrêter un jour. La conversion en références américaines prend un temps phénoménal, surtout qu'il faut sans cesse naviguer entre la bibliographie et le corps du texte.
En outre le genre (Orain, 2003b : 24) est très laid. Mais quel gain de place ! Et cela renforce la cohérence de la biblio.
Je sais qu'en abordant le chapitre 3 (anciennement 4), "D'une géographie à l'autre : un détour par Thomas Kuhn", il va y avoir de grosses saignées. C'est celui qui stratifie le plus grand nombre de couches d'écriture. C'est sans doute le coeur de tout ce que j'ai fait, mais c'est aussi un amas de bricoles hétéroclites. Je tiens énormément à ce travail, car il est la clé de voute de l'ensemble. Mais à la limite, il pourrait générer un autre livre, donc il va falloir faire attention, couper et ne pas rajouter. Si j'étais courageux, il faudrait aussi que je fabrique un nouveau chapitre avec les deux suivants. Cela voudrait dire trancher dans les analyses littéraires. Or, précisement, cette publication a du sens surtout en tant qu'elle exprime une certaine façon de travailler le corpus géographique.
Je n'ai donc pas trop envie de sabrer cela. Si j'écrivais un ouvrage sur le même sujet maintenant, il aurait sans doute un peu moins cette dimension poéticienne qu'avait ma thèse de 2003. Pour cette raison, j'ai spécialement envie de conserver celle-là. Sur le sujet des régimes (ou styles) épistémologiques, il y aurait tant à redire, à revoir. Les interprétations de textes, elles, ont leur autonomie. D'ailleurs, je m'étais rendu compte d'une chose quand j'essayais de relire des bouts de ma thèse : elle est incompréhensible si on ne fait pas l'effort de lire tous les passages cités, car ils sont plus que des pièces à conviction, ils ont une fonction motrice. Et ils donnent à voir de la géographie française des choses que je ne fais pas l'effort de reprendre. Le commentaire ne saurait être à mes yeux réitération du dit (ou de l'écrit). Par voie de conséquence, bien des choses que je formule supposent d'avoir lu ces extraits. Ce n'était pas délibéré en écrivant l'original, mais c'est devenu une contrainte de lecture forte, en un certain sens gênante.
J'essaie d'enlever les coquetteries et les obscurités du texte soutenu. Ces corrections nécessaires me donnent du courage pour dézinguer les commentaires infrapaginaux. Comme tant de choses deviennent superflues ! Pour ce qui est des phrases byzantines, c'est un plaisir de les casser en 2, 3 ou 4. En temps utile, je reprendrai les observations de Paule Petitier pour porter le coup de grâce à mon caquet.
Autant l'introduction, avec sa structure spiralaire, demeure un cauchemar à relire, autant la suite est comme une sorte de flot dans lequel je me laisse glisser, arrachant aux passages des branches mortes et colmatant des diverticules. Qui, en se relisant, n'a pas retrouvé cette expérience enfantine qui consiste à répéter tant de fois un mot trivial qu'il en devient hermétique ? Pareil avec tous ces paragraphes : ils ont un air de famille, c'est sûr, mais pour peu qu'on n'y prenne garde, on glisse dessus comme sur de la toile cirée.
Je veux un texte aussi lisible que possible. Je n'ai jamais cherché de près ou de loin à "faire compliqué", jamais. Je déteste cette réputation d'écrivant difficile. Je pense que je ne fournirai jamais un produit très immédiat, sans lourdeurs ni moments pénibles. Mais comment faire autrement quand on s'efforce de jouer franc-jeu ? Bien sûr, Thomas Kuhn et Howard Becker sont des exemples, aussi. Mais ce qu'ils font relèvent assez largement de la description épaisse, laquelle n'est pas toujours possible, surtout quand on commente la production d'autrui. Et qui peut prétendre avoir accès à une intelligibilité complète d'un livre comme Outsiders sans un processus d'interprétation a posteriori ? Les textes les plus clairs, les plus limpides en apparence, recèlent toujours des pièges, alors qu'un Pierre Bourdieu, difficile il paraît, me semble infiniment plus immédiat à saisir que Becker ou Goffmann. Le métadiscours alourdit les sciences sociales, les rend techniques, mais il offre un autre régime de clarté, sur le fond de l'argumentaire.
Je ne prétends pas me comparer à ces éminents messieurs. J'avais juste besoin d'exemples partageables. De toutes façons, je reviendrai sur cette question de la clarté, car elle me semble essentielle et pas du tout univoque, comme certains voudraient bien le laisser croire.

 

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Olivier Orain : curriculum vitae 2

Le CV en bonne et due forme est ici

 

Activités de recherche

Principaux centres d’intérêt en recherche

1 Épistémologie et histoire des sciences humaines (et de la géographie au premier chef)
2 Historiographie de Mai 1968 (et de ses « effets » supposés dans le champ scientifique)
3 Géographie théorique (analyse spatiale et théorie des systèmes)
4 Histoire culturelle de la Russie (XIXe – XXe siècles) et questions historiographiques afférentes

Collaborations
* Membre de l’équipe de recherche E.H.GO (Épistémologie et histoire de la géographie, directeur : Jean-Marc BESSE), composante du laboratoire Géographie-cités (U.M.R. 8504), depuis 1992.
* Co-directeur avec Wolf Feuerhahn de la Revue d’histoire des sciences humaines (RHSH) depuis décembre 2013.
* Co-directeur avec Catherine Rhein de l’Espace géographique depuis septembre 2016 (correspondant de décembre 2006 à mars 2008, au comité de rédaction de 2008 à 2010, directeur adjoint entre 2010 et 2016).
* Membre du comité de lecture de l’encyclopédie électronique en ligne Hypergéo depuis septembre 2010.

* Membre du comité éditorial des publications de la Sorbonne depuis mai 2014.

* Membre du comité éditorial pour la refonte du dictionnaire Les Mots de la géographie (dirigé par Céline Rozenblat) depuis juillet 2012.

* Élu au conseil d’administration de la Société Française pour l’Histoire des Sciences de l’Homme (S.F.H.S.H.) entre décembre 2007 et mai 2014, secrétaire en 2011-2014.



Animation de la recherche  :
* Responsable du Groupe de recherches sur les épistémologies de la géographie contemporaine (GREGc), composante de l’équipe E.H.GO, depuis décembre 2007.

* Responsable avec Muriel Rosemberg et Pascal Clerc du séminaire Les écritures du géographique

Organisation de colloque et journée d'étude :
Avec Christian Grataloup : Journée d'étude de l'Association des géographes français, Les transformations de la géographie française au cours des années 1970 (1968-1981). Paris, 17 mai 2015.

Avec Bertrand Müller : « Mai 1968, creuset pour les sciences de l'homme ? ». Colloque annuel de la Société française pour l'histoire des sciences de l'homme. Paris, 10-12 septembre 2008.

 

Invitations à titre individuel dans des séminaires de recherche :

Jeudi 11 février 2016, 15h00-17h00, EHESS, Séminaire "Faire science" (Camila Orozco-Espinel et Yann Renisio), Paris, bat. "Le France" : « Faire science en géographie (1930-1980). Perspectives transatlantiques ».

Mercredi 20 mai 2015, 10h00-17h00, Atelier EHESS / Archives nationales, « Comment faire l’histoire des sciences sociales ? », Pierrefitte sur Seine : « Est-il possible d’écrire l’histoire d’un auteur contemporain ? » (à propos de la publication d’un recueil d’articles de Jean-Claude Chamboredon, présenté par Paul Pasquali, intervention sur la « tranche » 16h00-17h00).

Vendredi 30 janvier 2015, 14h00-16h00, Paris, Séminaire « Histoire des sciences humaines et sociales » (Centre Alexandre Koyré) : « Les 'années 68' des sciences humaines et sociales » (Présentation du numéro 26 de la Revue d’histoire des sciences humaines en présence de plusieurs contributeurs au volume).

Vendredi 12 décembre 2014, 14h00-16h00, Paris, Séminaire du Gaddal (IHEAL) : « Les conceptions de la science en géographie »

Vendredi 4 avril 2014, 14h00-16h00, Séminaire du Gaddal (IHEAL). « Faire de la géographie, entre logique disciplinaire, exigences scientifiques, spécialisation et construction d’objet ».

Vendredi 31 janvier 2014, 14h00-17h00, Groupe Dupont (Avignon). Avec Marie-Claire Robic : « Controverses en géographie. Perspectives d'histoire épistémologique ».

Vendredi 18 novembre 2011, 9h00-17h00, Séminaire ART-Dev « Sens et portée de la problématique des effets de lieu en géographie et en sciences sociales » (organisé par Catherine Sélimanovski). Discutant invité

Mercredi 18 novembre 2009, 15h00 – 18H00, Séminaire Paris 8/Ladyss (Saint-Denis). Intervention intitulée « Écologie humaine. Éléments sur l’émergence plurielle d’un syntagme ».

Vendredi 11 mai 2007, 11H00 – 12H00, Séminaire EUGÉA (Lyon), « Les nouvelles cartes du monde ». Intervention intitulée « 30 ans de lectures critiques de la production cartographique : ce qu'une posture constructiviste peut apporter en géographie »

Vendredi 13 janvier 2006, 14H00 – 16H00, Centre Koyré et Société française pour l’histoire des sciences de l’homme (Paris). « Les épistémologies du géographe (1900-1990), entre conformités institutionnelles et pratiques réelles »

Samedi 10 décembre 2005, 9H00 – 13H00, Groupe Dupont (Avignon). « Perspectives sur l’évolution de la géographie en France depuis les années 1960 ».

Communications à des colloques et autres manifestations scientifiques :

Paris (2017) : Colloque « Norbert Elias, sociologue de la connaissance et des sciences », Centre Koyré & Laboratoire Printemps (19-20 janvier). Présentation d'une communication intitulée « Norbert Elias, lecteur de la controverse Lakatos-Kuhn», le 20 janvier 2017, Centre Koyré, 10h.

Saint-Dié (2016) : Festival international de géographie (30 sept. - 2 oct.). Conférence intitulée « Renée Rochefort (1924-2010), femme et géographe des questions sociales», le 30 septembre 2016, 16h, Grand salon de l'hôtel de ville.

Moscou (2015) : Colloque régional de l’Union géographique international (17-21 août 2015). Communication intitulée “Political geography, geopolitics, geography of power in XXth Century French Geography, a question of labels?” (en anglais) dans la session conjointe « histoire de la géographie et géographie politique », le mercredi 19 août 2015.

Paris (2014) : Colloque Dans l'atelier des intitulés. À propos de la singularité du Collège de France. 27-28 novembre 2014. Communication avec Marie-Claire Robic intitulée « La géographie au Collège de France (milieu XIXe-milieu XXe siècle), ou les aléas d’une inscription disciplinaire»..

Paris (2014) : Journée d'étude de l'Association des géographes français,  Les transformations de la géographie française au cours des années 1970 (1968-1981). 17 mai 2015. Communication intitulée « Les années 68 de la géographie française».

Albi (2014) : Séminaire épistémologique Approche relationnelle et Political ecology. Enjeux pour une géographie de l'environnement et du pouvoir, 13-14 mai 2014. Conférencier invité. Communication intitulée « Claude Raffestin, une revisite dans le prisme de l'écologie humaine».

Paris (2014) : Colloque de la Société d'histoire et d'épistémologie des sciences du langage Modèles et modélisations en sciences du langage, de l'homme et de la société Perspectives historiques et épistémologiques, 24-25 janvier 2014. Conférencier invité. Communication intitulée « Le rôle du raisonnement graphique dans les modèles géographiques. Contribution à une épistémologie historique de la modélisation des spatialités humaines ».

Neuchâtel (2012) : Journée d’étude Les tentations fictionnelles du savoir, N. Vuillemin, dir., Neuchâtel, 21 mai 2012. Conférencier invité. Communication intitulée « L’écrit des géographes : entre contraintes de réalisme et exigences savantes ».
Porquerolles (2009) : Biennale d’histoire des théories linguistiques, Qu’est-ce que l’historicité des idées linguistiques ?, S. Archaimbault et C. Puech, dir., Porquerolles, 31 août - 5 septembre 2009. Conférence intitulée « Les pratiques de l’histoire de la géographie en France depuis 1969 » (1er septembre 2009)
Paris (2008) : Colloque Mai 68, creuset pour les sciences de l’homme ?, B. Müller et O. Orain (dir.), Paris, Centre Malher, 10-12 septembre 2008. Allocution introductive au colloque intitulée : « De la légende dorée à la série noire : la construction des mythes universitaires sur l’« influence de Mai-68 » »
Toulouse (2003) : Journée Rencontres entre mathématiques appliquées et sciences de l’homme, B. Jouve et S. Mercier, dir., 8 avril 2003.
Présentation d’une communication orale intitulée : « L’émergence de préoccupations "quantitativistes" dans la géographie française (1960-1980) : circonstances, formes et résistances »
Rennes (1999) : Colloque Rennes (1899-1999). La fondation des laboratoires de géographie et la figure d’Emmanuel de Martonne, G. Baudelle, J.-P. Marchand et M.-C. Robic (dir.), Rennes, Institut de géographie, 4-6 novembre 1999.
Présentation d’une communication orale intitulée : « Emmanuel de Martonne, constructeur de l’orthodoxie implicite de l’écriture post-vidalienne ? » Texte publié.
Cerisy (1999) : Colloque Logique de l’espace, esprit des lieux, J. Lévy et M. Lussault (dir.), Cerisy, 21-26 septembre 1999.
Intervention orale intitulée : « Pour une histoire des pratiques scripturaires de la géographie » dans l’atelier « Le fil de l’histoire (continuités et discontinuités de la géographie) ». Texte publié.
Poitiers (1999) : Colloque interdisciplinaire Représentation(s), G. Ferréol (dir.), Poitiers, Maison des sciences de l’homme et de la société, 5-7 mai 1999.
Présentation d’une communication orale intitulée : « Le plain-pied du monde. Évolution du statut du référent dans la géographie humaine française au XXe siècle ».
Sion (1997) : Colloque international Géographie(s) et langage(s) : interface, représentation, interdisciplinarité, G. Nicolas, J.-P. Ferrier et M.-C. Robic, dir., Institut universitaire Kurt Bösch, Sion, Suisse, 11-12 septembre 1997.
Présentation d’une communication orale intitulée : « Les motivations du discours géographique. Contribution à une étude textuelle des écrits des géographes postvidaliens ». Texte publié.


Encadrement de thèses (en cours)
* Matthieu PICHON, Les géographes et l'action publique urbaine, Paris 1, thèse de doctorat sous la direction de Gilles Palsky, sujet déposé en octobre 2014.

* Dylan SIMON, Les inscriptions savantes de Maximilien Sorre (1880-1962) entre conformation et singularisation dans le champ de la géographie, Paris 1, thèse de doctorat sous la direction de Jean-Marc Besse et Olivier Orain, sujet déposé en octobre 2012.

Comités de thèse (en cours)

* Pierre LABANT, L'agroforesterie, un trait d'union entre les agriculteurs et autres utilisateurs du paysages, dans le cadre de la mise en place de la Trame Verte en Midi-Pyrénées ?, université de Toulouse 2 Jean-Jaurès, thèse de doctorat sous la direction de Sylvie Guillerme et de Bernard Elyakime.


Encadrement de thèses (soutenues)
* Sylvain CUYALA, Les petits mondes de la géographie théorique et quantitative (années 1970-2000). Analyse structurale des réseaux et étude des productions d’un mouvement hétérogène et transnational. Paris, université de Paris 1, thèse de doctorat sous la direction de Denise Pumain et Marie-Claire Robic, soutenue le 8 octobre 2014.

* Pierre PISTRE, Gentrification, paupérisation et vieillissement dans les espaces ruraux français (1962-2006). Paris, université de Paris 7, thèse de doctorat sous la direction de Catherine Rhein, soutenue le 7 décembre 2012.

Intervention dans des séminaires de l’équipe E.H.GO et de l'UMR 8504 (Paris)
Septembre 2015 : Géographie politique, géopolitique, géographie du pouvoir au XXe siècle, uen réflexion sur des opérations d'étiquetage

Janvier 2015 : Trajectoire des équipes (PARIS, EHGO, Géophile, CRIA) et de Géographie-cités

Décembre 2014: Claude Raffestin, l'écologie humaine pour programme

Octobre 2010 : Ce que Mai 68 a fait à la géographie française

Mai 2010 (avec Fabrice Ripoll) : Un programme de recherche pour étudier les épistémologies de la géographie contemporaine

Novembre 2006 : Les géographes et les démarches cliniques

Février 2004 (avec Marie-Pierre Sol) : Pour une sémantique historique de "géographie sociale"

Décembre 2002 : La géographie française dans le prisme kuhnien

Mai 2002 : Roger Brunet et la « nouvelle géographie » : convergences et singularité

Avril 2001 : Compte-rendu de l’ouvrage de Jean-Michel Chapoulie, La tradition sociologique de Chicago. 1892-1961, Paris, Le Seuil, 2001.

Juin 2000 : Le rôle de valeurs pré-constructivistes dans la remise en question de la géographie classique française (années 1970 - années 1990).

Mai 1998 : Géographie et réalisme.

Mars 1997 : « La quadrature d’un concept : organisation de l’espace ».


Bilan et nuances

C’est dans le champ de l’histoire et de l’épistémologie de la géographie (et des sciences sociales) que se situe l’essentiel de mon activité de recherche, mais aussi mon actuelle reconnaissance professionnelle. J'ai pourtant mené d'autres travaux, moins visibles car n'ayant pas fait l'objet de publications. En particulier des travaux de terrain que j’ai menés durant mes années toulousaines : sur la représentation de la qualité dans le vignoble de Cahors, sur les conflits socio-spatiaux engendrés par la périurbanisation dans le Sud-Ouest (agglomérations de Cahors, Montauban et Toulouse), sur les formes de diversification de l’activité en milieu agricole dans le Lot (filières de « qualité », agrotourisme, parcs régionaux). Ces travaux étaient intimement liés à ma position de formateur aux métiers de la recherche en géographie rurale (licence). En 2005-2006, j’ai développé un « chantier » avec des étudiants de niveaux divers autour des mouvements de rejet contestant l’implantation d’un second aéroport « toulousain » dans le secteur de Verdun-sur-Garonne-Monbéqui (Tarn et Garonne).

 

Domaines d’enseignement principaux (anciens ou récents) :

- Histoire et épistémologie de la géographie (depuis 1997)

- Philosophie des sciences (depuis 1997)

- Géographie rurale (1992-2006)

- Géographie de la Russie et des pays proches (1996-2006)

- Préparation aux concours (tutorat depuis 1996, CM depuis 1997 - jusqu'en 2006)

- Initiation à l’analyse spatiale (1997-2006)

- Géographie urbaine (2001-2006)

 
Encadrement de DEA et de maîtrises

* Hyejoo Noh, Les spatialités d'une déviance du genre : le tabagisme féminin en Corée du Sud et ses stratégies d'évitement de la vindicte publique, Paris, université de Paris 1, mémoire de master (M1) sous la direction d’Olivier Orain, septembre 2016 (soutenance à venir).

* Jean Reynès, Faire avec l'isolement en espace de faible densité : les hommes seuls dans le Nord-Aveyron, Paris, université de Paris 1, mémoire de master (M1) sous la direction d’Olivier Orain et Pierre Pistre, juin 2016.

* Oriane Vilain, La mise en récit des régions frontalières tchéco-allemands de Bohème dans les romans tchèques de la période communiste, Paris, université de Paris 7, mémoire de fin d'études (M2), sous la direction d'Olivier Orain et Claude Grasland, septembre 2015.

* Mickaël Sousa, Construction sociale d'un quartier gay à Lisbonne : entre pratiques et représentations d'un espace, Paris, université de Paris 1, mémoire de master (M1) sous la direction d’Olivier Orain, juin 2015.

* James Vindex, Diffusion d’une perspective qualitative et rapports sociaux de production dans l’aire de production du thé de Darjeeling, Paris, université de Paris 1, mémoire de master (M1) sous la direction d’Olivier Orain, juin 2014.

* Mikhaël Naciri, La réception de l’œuvre de David Harvey en France (1969-2013), Paris, université de Paris 1, mémoire de master (M1) sous la direction d’Olivier Orain, juin 2013. 

* Matthieu Pichon, Un tournant « représentationnaliste » dans la géographie urbaine (1970-1990) ?, Paris, université de Paris 1, mémoire de master (M1) sous la direction d’Olivier Orain, juin 2013.
* Sylvain Cuyala, Le référent allogène dans la géographie française contemporaine. L'étranger et les autres disciplines dans les Annales de géographie durant la période 1945-1984, Paris, université de Paris 1, septembre 2007, mémoire de master (M1) sous la direction de Marie-Claire Robic et Olivier Orain.
* Pierre Pistre, La contestation face à une grande infrastructure de transport, l’exemple du second aéroport toulousain dans les cantons de Grenade et Verdun-sur-Garonne, Toulouse, université de Toulouse-le Mirail, septembre 2006, mémoire de master (M1) sous la direction d’Olivier Orain et Fabienne Cavaillé.
* Mélanie Foulon, L’évolution des thématiques urbaines en trente ans de parution d’une revue : le cas de L’Espace géographique (1972-2002), Toulouse, université de Toulouse-le Mirail, septembre 2003, mémoire de maîtrise sous la direction d’Olivier Orain et Michel Roux.
* Laurent Nocco, Europe centrale, Europe de l’Est, Europe médiane : étude d’un objet régional flou dans la géographie française au xxe siècle, Toulouse, université de Toulouse-le Mirail, septembre 2002, mémoire de maîtrise sous la direction d’Olivier Orain et Michel Roux.
* Mélanie Gambino, Le concept de faible densité de population : éléments théoriques pour une application en Irlande, Toulouse, université de Toulouse-le Mirail, mémoire de DEA ESSOR sous la direction d’Olivier Orain et Philippe Sahuc, septembre 2002.
* Mélanie Gambino, La faible densité en Irlande : contrainte ou simple cadre de vie ?, mémoire de maîtrise (bénéficiant d’une bourse ERASMUS) sous la direction d’Olivier Orain et du Prof. Desmond Gillmor (Trinity College Dublin), Toulouse, université de Toulouse-le Mirail, septembre 2001. Co-direction effective de Marie-Pierre Sol.
* Claude Charles, Dynamique des acteurs professionnels et processus de territorialisation. Le cas de vignobles riverains du Tarn (Gaillac et Côtes du Frontonnais), mémoire de maîtrise sous la direction d’Olivier Orain, Toulouse, université de Toulouse-le Mirail, septembre 2000.
* Anne Biau, Périurbanisation. Objet et formes géographiques, mémoire de maîtrise sous la direction d’Olivier Orain, Toulouse, université de Toulouse-le Mirail, septembre 1999.
* Véronique Baptiste, L’identité communale à l’épreuve de la périurbanisation. Une approche statistique et de géographie sociale. Le cas de l’espace péri-urbain de Rodez, mémoire de maîtrise sous la direction de Hélène Guétat-Bernard et O. Orain, Toulouse, université de Toulouse-le Mirail, septembre 1999.
* Emmanuel Meillan, L’objet “ vignoble ” dans la géographie classique française, mémoire de maîtrise sous la direction de Marie-Claire Robic et Olivier Orain, Paris, université de Paris I, juin 1997.
* Anthony-Jean Colombani, Fiction littéraire et écriture du territoire. Des exemples corses, mémoire de maîtrise sous la direction de Marie-Claire Robic et Olivier Orain, Paris, université de Paris I, juin 1997.
 
J'ai passé deux années à l’Alliance française de Bahrein (1993-1995), où j’ai appris à enseigner aux enfants et aux adolescents, non pas certes l’histoire-géographie mais le français. Elles m’ont apporté une réelle expérience du métier d’enseignant, y compris dans ses difficultés.

 

Langues pratiquées : russe et anglais, un peu d'allemand

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Olivier Orain : itinéraire de recherche

Depuis presque quinze ans, la quasi totalité de mon travail de recherche a une orientation épistémologique : réfléchir à la fabrique du savoir et au statut de la connaissance vis à vis du “ réel ” constitue l’essentiel de mon activité intellectuelle. Avant même de faire de la recherche, ce type de questions avait déjà largement orienté mes intérêts philosophiques (en classes préparatoires) et mon inscription, lors de mon année de licence (1988-1989), dans le séminaire d’épistémologie de la géographie que dirigeait Philippe Pinchemel à l’université Paris I. Tout ceci a fait “ système ” lorsque, après avoir passé l’agrégation de géographie, je me suis inscrit au D.E.A. Analyse théorique et épistémologique en géographie (ATEG) en septembre 1991. Depuis cette date, mon identité disciplinaire d’épistémologue (de la géographie et des sciences humaines en général) n’a cessé de s’approfondir. Elle a valeur de “ spécialité ”, même si elle est plus que cela : état d’esprit ? posture ? habitus ?

Immédiatement après avoir suivi la formation du DEA ATEG en 1991-1992, je me suis inscrit en thèse sous la direction de Marie-Claire Robic. Le sujet déposé en octobre 1992 — résumant les orientations formulées dans mon mémoire de DEA — fut intitulé Référent littéraire et littérarité dans la géographie française au xxe siècle. Contribution à l’étude des rhétoriques du texte géographique. Qu’il s’agisse de géographie russe ou française, il avait toujours été dans mes intentions d’exploiter dans mon travail les outils herméneutiques de la critique littéraire dite “ structuraliste ” (ou poétique, si l’on reprend la terminologie de Gérard Genette). Ayant dû renoncer après les classes préparatoires à un cursus multidisciplinaire (même restreint à la troïka géographie/histoire/lettres modernes), toute ma trajectoire ultérieure a été sous-tendue par le désir de renouer le plus pleinement possible avec une certaine polyphonie disciplinaire — réinscrite dans un projet de recherche aussi cohérent que possible. Accomplir cela dans un travail de thèse était on ne peut plus séduisant ; encore fallait-il clarifier les contours du projet...

En 1992, ma problématique partait d’interrogations socio-biographiques : depuis un siècle et dans leur très grande majorité, les géographes français ont été formés dans une matrice “ littéraire ” ou ressortissant pour le moins aux “ humanités ” ; même si, depuis la formation de l’école classique française, ils n’ont eu de cesse de se démarquer (par des moyens divers) de la dite matrice, pouvait-on faire une sorte d’archéologie de cette strate “ primitive ”, en interrogeant notamment les façons d’écrire des géographes ? Et que dire de la contradiction (réelle ou supposée) entre les aspirations à la scientificité et les contraintes du “ bien écrire ” ? Je souhaitais à l’époque reconstruire une histoire des géographes français à l’aune de leur attitude vis à vis du référent littéraire et de ce que l’on pourrait appeler, faute de mieux, une “ écriture littéraire ”. Avec le recul, ce projet initial me paraît par trop périphérique par rapport à l’histoire de la discipline. Néanmoins, je persiste à penser qu’il y avait quelque chose d’heuristique à poser l’écriture littéraire comme problème posé à la géographie dans son devenir.

Mes premières années de thèse ont été marquées de fait par une mise entre parenthèses : à ma sortie de l’ENS de Fontenay-Saint-Cloud en juin 1992, j’ai été recruté sur un poste de “ chargé de recherches documentaires ”, statut associant enseignement en université (à Paris I dans mon cas) et travail dans un organisme de documentation (en l’occurrence le Comité des travaux historiques et scientifiques [CTHS]). En théorie, le CRD est sensé pouvoir mener des recherches “ en relation avec son travail de thèse ” au sein de l’organisme d’accueil. Dans mon cas, il n’en a rien été : mes quinze heures hebdomadaires ont été considérées comme des “ moyens ” supplémentaires mis au service du dispositif éditorial. Pendant les deux années que j’ai passées au CTHS (1992-1993 et 1995-1996), j’ai donc été affecté à la préparation d’ouvrages (sur les sujets les plus divers). Lors de ma deuxième année de thèse, en 1995-1996, de très sérieux problèmes de santé ont contrarié l’ensemble de mon travail.

Entre 1993 et 1995, j’ai passé deux années à l’étranger au titre du service national de la coopération. Nommé enseignant-animateur culturel à l’Alliance française de Bahrein, avec des horaires très lourds (25 heures d’enseignement par semaine, auxquelles s’ajoutaient les heures de permanence et l’animation “ culturelle ”), j’ai été contraint de suspendre mon inscription en thèse pour toute la durée de ce séjour. Malgré tout, ces deux ans m’ont été extrêmement profitables. J’ai reçu la première année une véritable formation pédagogique. J’ai abondamment enseigné la civilisation et la littérature françaises à des publics composites et pas forcément acquis. Et que dire de l’expérience humaine accumulée, de la découverte de l’autre sous diverses formes...

De surcroît, lors de ma deuxième année dans le Golfe persique, j’ai pu répondre à une “ commande ” indirecte qui m’avait été faite par Roger Brunet. Ayant lu mon Rapport de stage en Russie, celui-ci avait suggéré d’en tirer pour l’Espace géographique un article susceptible d’être publié. Durant les mois de janvier à juin 1995, je me suis employé à relever le défi, avec l’aide précieuse de mon équipe parisienne. Tel qu’“ achevé ” en mai-juin 1995, l’article “ La géographie russe (1845-1917) à l’ombre et à la lumière de l’historiographie soviétique ” approchait les 96 000 caractères. Sa publication dans l’Espace géographique a amené le directeur de la revue à couper dans l’appareil démonstratif afin de limiter le dépassement des normes éditoriales. Quoi qu’il en soit, cette première publication à l’automne 1996 amplifiait et redonnait un sens à mes investigations de l’hiver 1992.

Le texte publié souligne l’importance considérable du genre “ histoire de la géographie ” dans 70 ans de production soviétique et la finalité essentiellement auto-justificative qui l’animait. Il s’agissait d’inculquer aux étudiants une “ vulgate ” stéréotypée confortant une certaine représentation des figures tutélaires et des thématiques de la discipline. Par contraste, les “ vrais ” problèmes que posait l’institutionnalisation de la géographie dans la Russie tsariste puis soviétique ne peuvent se lire qu’en creux. Au demeurant, les travaux spécialisés publiés depuis 1992 n’ont guère fait progresser le questionnaire. La question de la soviétisation de la géographie reste une inconnue, de même qu’il est difficile de préciser comment le paradigme du landchaftoviédiéniïé s’est imposé, dans une optique au demeurant exclusivement naturaliste. Je n’ai plus retravaillé sur l’histoire de la géographie russe depuis cette époque.

En définitive, ces années de mise entre parenthèses ont été des années de maturation silencieuse, grâce auxquelles j’ai pu (re)prendre ma thèse avec un autre regard et un peu de recul. L’enseignement, un travail éditorial au CTHS, puis le dépaysement et des difficultés de toutes natures, le retour, une “ longue maladie ” : tout ceci a contribué à infléchir ma recherche, qui s’est ressentie des expériences accumulées. La réflexion épistémologique demande peut-être ce suspens pour s’accomplir, c’est-à-dire pour n’être pas que manipulation de protocoles de recherche, pour donner à celui qui l’entreprend un sentiment de faire peut-être un peu sens (au moins pour soi).

En septembre 1996, alors que s’achevaient mon premier traitement médical et mon statut de chargé de recherches documentaires, j’ai débuté dans un nouveau poste de PRAG à l’université de Toulouse le Mirail. Malgré sa lourdeur, cet emploi m’a apporté bien des enrichissements. Mes collègues m’ont, dans leur très large majorité, traité comme un pair ; de sorte que, très vite, j’ai pu devenir maître de ce que je faisais, au lieu d’être confiné dans des tâches supplétives. Dès la première année, on m’a confié un cours semestriel sur “ L’effondrement de la Russie ” grâce auquel j’ai pu, depuis lors, considérablement étoffer ma connaissance de la Russie contemporaine et en faire bénéficier plusieurs promotions d’étudiants. Mais l’expérience capitale a débuté l’année suivante. Un module de licence intitulé “ Organisation de l’espace ”, dans lequel j’étais chargé de TD la première année, s’est vidé de presque tout son personnel à la rentrée 1997. Ayant passé une bonne partie de ma première année toulousaine à donner du sens à cette expression pour ma propre gouverne, je me suis proposé pour reprendre en main le module. Celui-ci avait beau être la seule U.V. généraliste de licence pour géographes, personne ne voulait plus en assurer la responsabilité, car il avait très mauvaise presse auprès des étudiants. Faute de concurrence, la direction de l’époque m’a confié la responsabilité de 32 heures de cours magistraux et de trois groupes de TD, de sorte que pendant trois ans j’ai toujours assuré plus de la moitié de mon volumineux service dans ce seul module.

Cette expérience a été capitale à plus d’un titre : loin d’être un simple module d’enseignement, “ Organisation de l’espace ” a été un lieu de recherche et d’auto-formation, un laboratoire pédagogique, parfois aussi une sorte de porte-flambeau. Ce module n’a jamais cessé d’être une expérience collective, jouant sur les complémentarités de “ sensibilités ” géographiques différentes, unies par le souci de faire réfléchir les étudiants. Si j’en crois les témoignages qui me sont parvenus, il semblerait qu’il ait été une expérience marquante (en positif ou en négatif) pour les promotions successives d’étudiants qui l’ont suivi avec plus ou moins d’assiduité. Il a pris très vite une tournure épistémologique marquée et a revendiqué en partage la formation critique (plutôt que positive) des étudiants en géographie du Mirail. Cela les a beaucoup déconcertés, d’autant plus que nous avons largement configuré la discipline au regard de champs extra-géographiques (épistémologie anglo-saxonne, économie spatiale, sociologie, anthropologie de l’espace, etc.) qui leur étaient presque toujours inconnus. En revanche, la légitimité pédagogique de ce module n’est plus remise en cause à ma connaissance.

Au sein de cet enseignement, mon interrogation principale a toujours été de clarifier ce que l’expression “ organisation de l’espace ” implique et peut recouvrir pour la discipline géographie. Aidé par les travaux de Marie-Claire Robic sur l’histoire de cette expression (Robic, 1982, 1995), j’ai été amené à faire des recherches sur les acceptions qui lui ont été assignées dans les années 1970-1980 (au détriment du sens d’“ aménagement du territoire ” dominant dans les années soixante). Pour ce faire, j’ai dépouillé une bonne partie du corpus de la géographie “ théorique et quantitative ” disponible en langue française (mais non exclusivement), ainsi que les précurseurs (de J. H. von Thünen à E. Ullman et J. Gottmann) et les détracteurs, en mettant l’accent sur la dimension spatialiste des théories plus que sur les problèmes de formulation mathématique. Parallèlement, j’ai essayé de faire retour sur les prises de position épistémologiques véhiculées par ce qu’on a appelé la “ nouvelle géographie ” et de pluraliser pour les étudiants la réflexion sur l’activité scientifique : non seulement ce qui peut la démarquer des autres activités humaines, mais aussi plus largement en les amenant à réfléchir sur la fabrique de la science (géographique en particulier) et sur les activités susceptibles de structurer une communauté disciplinaire.

Significativement, ces recherches à visée pédagogique sont progressivement entrées en congruence avec mon travail de thèse, conférant à celui-ci un caractère plus large que ce que j’avais conçu auparavant. Au cours de l’été 1997, j’ai tout à la fois commencé à préparer mes cours pour le module “ Organisation de l’espace ” et préparé mon intervention au colloque de Sion (Suisse), Géographie(s) et langage(s) : interface, représentation, interdisciplinarité, à l’occasion duquel j’ai formulé pour la première fois les hypothèses principales et la méthodologie de mon travail de thèse.

Avant d’évoquer celui-ci, il faut encore évoquer une autre recherche, directement liée à ma pratique d’enseignant à l’université de Toulouse-le Mirail. Dès ma deuxième année au département de géographie, outre un enseignement d’épistémologie générale et un autre d’initiation à l’analyse spatiale, j’ai toujours beaucoup mis l’accent sur les démarches systémiques. Or, à l’automne 2001, Marie-Claire Robic a dirigé un cours d’agrégation pour le Centre national d’enseignement à distance (CNED), relatif à la question  intitulée “ Déterminisme, possibilisme, approche systémique : les causalités en géographie ”. Ma partie, intitulée “ Démarches systémiques et géographie humaine ”, a été distribuée en janvier 2002. Il ne s’agit pas d’un travail de compilation ou de didactique systémiste, mais — au moins pour les parties II et III — d’une véritable recherche en épistémologie. Dans ce texte, j’essaie de montrer que l’affinité des géographes pour l’idée de “ système ”, justiciable de nombreuses formulations intuitives pré-systémiques (au travers des concepts de “ combinaison ”, d’“ interrelation ”, etc.), s’est manifestée de façon fort précoce : dès la fin des années 1960, et surtout au début des années 1970, les géographes s’emparent, à tout le moins du terme, de l’idée, voire de la théorie du système général. Alors qu’on brocarde souvent le retard de la profession par rapport aux modes intellectuelles, il n’en a rien été dans ce cas précis. J’essaie de montrer que le schème systémique est venu à point nommé pour redonner une légitimité scientifique au type d’objets épistémiques que la géographie affectionne : des artefacts complexes et hétérogènes, non réductibles à une unité organique, et manifestant une certaine pérennité dans le temps. Un certain nombre de travaux qui ont fait date sont présentés, à commencer par la thèse de Franck Auriac. En revanche, mon travail ne prenait pas en compte les efforts légèrement antérieurs des géographes physiciens pour repenser une géographie physique globale à travers le concept phare de “ géosystème ” et la reprise à frais nouveaux de la notion de paysage. J’ai travaillé sur ce champ à l’occasion de cours en 2001, puis tout récemment dans un nouveau texte pour le CNED, “ La géographie française face à la notion d’échelle. Une approche par les significations et les contenus épistémologiques ”. La question de la rénovation de la géographie physique dans les années 1950-1960 et du rôle de personnalités comme Jean Tricart, Charles-Pierre Péguy et Georges Bertrand est de celles qui m’intéressent de plus en plus. Depuis 2005, j’ai entrepris également des recherches assez systématiques sur ce que je considère comme le “ présystémisme ” de la géographie classique. Outre un cours construit sur cette base et un recueil de textes significatifs, déjà établis, j’entends rédiger dans les mois qui viennent un article pour un manuel collectif avec les matériaux et réflexions amassés.

Il me resterait à préciser que durant mes années d’enseignement, malgré le caractère fastidieux de mon service, j’ai mis à profit les programmes d’enseignement (parfois imposés) pour développer ma connaissance de divers champs (l’histoire de la transition soviétique, l’analyse spatiale, la géographie rurale, l’anthropologie de la “ qualité ” agricole, la sociologie américaine).

Pour des raisons diverses (service de la coopération, longue maladie), mais surtout du fait de ma charge de PRAG, je n’ai commencé à travailler à ma thèse qu’à l’été 1997. C’est à cette époque que j’ai formulé pour la première fois mes hypothèses principales et ma méthodologie. Mon premier titre de thèse a cessé alors d’être pertinent (si l’on excepte le sous-titre), puisque que mon propos n’était plus d’explorer la littérarité cachée de la géographie française. Mon projet s’est redéployé en envisageant plus globalement l’écriture des géographes (acte complexe de “ mise en texte ” et de précipitation de la pensée) comme une sorte de révélateur épistémologique. Il s’agissait d’examiner la littérature disciplinaire du xxe siècle à l’aune d’une interrogation sur le statut épistémique de la réalité dans les travaux de géographes. Je voulais montrer que deux postures se sont succédé dans le temps. L’une, que l’on peut qualifier de “ réaliste ” au sens plein du terme, est intimement liée aux conceptions de ce que l’on appelle communément l’“ école française de géographie ”. L’autre, pressentie par certains géographes au cours du siècle, n’a vraiment été affirmée que dans les années 1970, en réaction précisément contre la posture classique. À des titres divers, on peut la considérer comme “ constructiviste ”. Ces postures pesant sur l’ensemble des pratiques savantes de la géographie, il apparaissait nécessaire de les situer dans un cadre épistémologique plus large, ce pour quoi j’ai eu recours à la théorie des paradigmes et révolutions scientifiques de Thomas Kuhn. Considérant qu’une période de “ science normale ” s’était ouverte au début du siècle avec l’installation des élèves de P. Vidal de la Blache dans les principales chaires universitaires de France, il s’est agi d’interroger ce qui constituait l’ossature du paradigme et les mécanismes présidant à sa reproduction. Dans le même esprit, les remises en cause des années 1970 se laissent aisément interpréter comme “ révolution scientifique ”.

Le caractère souvent implicite ou peu théorisé des positions épistémologiques en géographie a encouragé un recours abondant à des formes d’interprétation appuyées sur la critique littéraire (notamment sur les travaux de Gérard Genette, de Michel Charles et de Philippe Hamon) : travail sur les figures de rhétorique, l’énonciation, les formes d’ordonnancement du discours, l’intertextualité, etc. Mes premières investigations (en 1997-1999) ont essentiellement porté sur la géographie dite “ classique ” ou “ postvidalienne ”. C’est à cette époque qu’un examen de rares textes théoriques et de plusieurs corpus empiriques (thèses des élèves de Vidal, Géographie universelleAnnales de géographie) m’a amené à échafauder le schème du réalisme de la géographie (post)vidalienne. À l’occasion de plusieurs colloques (Sion, Poitiers, Cerisy, Rennes), j’ai eu l’opportunité de présenter mes analyses devant des publics divers. Je n’ai en revanche pas eu alors le temps d’approfondir mes réflexions sur des textes plus contemporains. C’est en 1999-2000 que j’ai entrepris un travail de dépouillement systématique des textes “ révolutionnaires ” des années 1970, conjointement à un approfondissement de la théorie kuhnienne (et des critiques qu’elle a suscitées). C’est par l’examen attentif de la littérature contestataire constituée en “ nouvelle géographie ” que s’est trouvée confirmée de façon éclatante l’hypothèse que le réalisme traditionnel était un verrou (un tabou ?) qu’un aggiornamento de la discipline impliquait de faire sauter. La critique nominaliste est un élément essentiel du réquisitoire des années 1972-1986, qui n’avait jusque là guère été pris en compte dans les examens rétrospectifs.

Au printemps 2001, la section Espaces, Territoires, Sociétés du CNRS m’a donné la possibilité d’être détaché pour deux ans sur un poste de chargé de recherches. Au 1er septembre 2001, j’ai donc quitté mon poste de PRAG et suis devenu chercheur à temps plein au sein de l’équipe Épistémologie et histoire de la géographie (UMR 8504 Géographie-cités), avec pour contrat explicite d’achever ma thèse de doctorat durant cette période de détachement. De surcroît, j’ai obtenu au printemps 2003 une prolongation d’un an. Cela est venu en quelque sorte compenser le temps perdu dans des problèmes de santé, en 2001 et en février-mars 2003.

À partir de 2001, mon travail sur la théorie kuhnienne m’a amené à de nouveaux développements sur le problème des signes avant-coureurs qui précèdent une phase de crise paradigmatique, ce que T. Kuhn appelle une “ anomalie ”. Il s’agissait de se demander si ce vocable avait du sens en géographie, et si l’on pouvait trouver des indices de quelque chose d’équivalent dans la production des années 1960. Par ailleurs, un examen des critiques anglo-saxonnes de la théorie de Kuhn et le défi représenté par la polysémie des textes réflexifs de cette époque (notamment ceux de P. George), m’ont amené à échafauder une interprétation socio-linguistique (adossée à des réflexions sur lexique et significations) des changements de paradigme, qui essaie de rendre concrète l’idée kuhnienne de “ renversement gestalltique ”. Le travail qui en a résulté, inimaginable jusqu’à l’automne 2001, a pris des proportions non négligeables (en termes de numérisation de textes, de réflexions nouvelles, de place dans la thèse). Au lieu des deux parties un peu binaires projetées initialement, le texte final en comporte trois.

En avril 2003, au sortir de nouveaux problèmes de santé, j’ai entamé la phase ultime de rédaction, qui m’a donné enfin l’occasion d’écrire sur la géographie des années 1970. Confronté à un très vif débat historiographique sur la question des discontinuités épistémologiques en géographie, j’ai essayé d’argumenter de la manière la plus détaillée possible l’hypothèse d’une rupture majeure et complexe survenue par paliers dans les années 1972-1986. Pour autant, le travail de la seule archive écrite n’a cessé de me poser question : pour aborder les bouleversements de cette période, examiner leur lien avec les événements antérieurs de mai-1968, expliciter certaines frustrations exprimées par les jeunes générations d’alors, le matériau utilisé, quoique éclairant, semble appeler des compléments méthodologiques. Réaliser des entretiens auprès des acteurs de l’époque, afin de croiser enquête orale et travail du texte, est devenu l’une de mes ambitions.

Il y a plus de deux ans, le 5 décembre 2003, j’ai pu enfin soutenir ma thèse de doctorat, honorant par là le contrat tacite qui m’engageait auprès de la section 39 du CNRS. L’achèvement de ma thèse étant désormais un acquis, ma directrice et moi sommes entrés dans un processus de réflexion et de prospection pour trouver un lieu de publication. Bien entendu, ceci impliquera une réécriture, pour laquelle je compte fusionner certains chapitres et intégrer des développements nouveaux (notamment sur les formes de “ néo-réalisme ” qui ont émergé depuis les années 1980, parfois en réaction contre le nominalisme). Au demeurant, la commande faite à E.H.GO d’un petit ouvrage sur la géographie française (par l’Association pour la diffusion de la pensée française (ADPF) — qui dépend du ministère des Affaires étrangères) m’a déjà donné l’occasion de remettre mon travail de thèse sur le métier. En effet, j’ai rédigé le troisième chapitre, qui est consacré aux épistémologies de la géographie française au xxe siècle. Cela m’a permis de préciser quelques distinctions peu explicitées auparavant (sur la spécificité du réalisme géographique et ses aspects non positivistes, etc.) et de prolonger mon travail historiographique jusqu’à la période actuelle.

Durant le premier semestre 2004, j’ai soumis le texte de ma thèse à plusieurs des auteurs concernés (Franck Auriac, Claude Raffestin, Roger Brunet, Henri Chamussy). Si les réactions ont été il me semble très favorables, j’aimerais approfondir le dialogue. J’ai aussi profité de ma liberté nouvelle pour me rendre pour la première fois à un Géopoint. J’ai pu commencer à y recueillir nombre de souvenirs des fondateurs du Groupe Dupont. J’ai depuis été élu membre du groupe à l’été 2005 et les Dupont m’ont invité à venir leur parler de ma lecture des évolutions récentes de la géographie en France, ce qui a donné lieu à un exposé de presque trois heures le 9 décembre 2005, suivi d’une longue discussion.

Sur un autre plan, le thème proposé pour le colloque Géopoint 2004, la forme en géographie, m’a suggéré un réemploi de certaines réflexions que je n’avais pas voulu développer dans ma thèse. J’en ai tiré une contribution qui essaie de sortir des schèmes épistémologiques traditionnels (mais aussi du cadre discontinuiste de mes recherches antérieures) et de montrer, dans une conceptualisation proche de celle de Jean-Claude Passeron, que l’une des opérations les plus usitées en géographie serait la clinique, opération visant à identifier des cas en combinant des références universelles, une attention à la particularité et une indispensable (mais souvent peu consciente) interprétation. Parmi les diverses sortes de clinique envisageables, la géographie a pour particularité d’affectionner celles qui recourent à des répertoires de formes standardisées, parfois considérées comme des “ structures ”. Par exemple, la géomorphologie, la géographie agraire ou les recherches sur l’habitat rural, mais aussi la chorématique, voire certains essais d’application de “ modèles ”, ressortissent, pour partie au moins, à une clinique par les formes. Précocement, elles se sont adossées à des catalogues iconographiques raisonnés, qui étaient loin de n’avoir qu’une finalité pédagogique. Dans cet article bientôt publié, j’essaie d’expliciter cette idée, avant de montrer que la démarche ainsi définie n’est pas sans poser de sérieux problèmes épistémologiques.

Enfin, j’ai participé ces derniers mois à diverses entreprises collectives fédérées par l’UMR Géographie-Cités : d’une part un cours d’agrégation pour le CNED (cf. supra) portant sur la nouvelle question d’épistémologie, “ Échelles et temporalités en géographie ” ; d’autre part la rédaction d’une brochure sur la géographie française, à destination des institutions françaises à l’étranger, dont la parution est imminente. Le premier texte consiste en une réflexion sur l’évolution des significations de la notion d’échelle dans la géographie française, à partir d’un corpus restreint examiné suivant une méthodologie dérivée de ma thèse, quand bien même je n’avais jusqu’à présent pas ou peu réfléchi sur cette thématique particulière.

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