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Articles avec #russie catégorie

Retour sur un congrès régional de l'UGI

Je profite d'en avoir fini avec mes conférences de master première année pour revenir sur les semaines passées et annoncer quelques actualités. Premier billet, centré sur l'histoire de la géographie russe et ses praticiens.

Je suis allé à Moscou du 16 au 22 août dernier pour participer à une conférence régionale de l'Union géographique internationale (UGI). C'était la première fois que je participais à ce genre de grande messe, ayant pratiqué le dialogue interdisciplinaire davantage qu'international ces dernières années. Il s'agissait de rencontrer des collègues, russes en particulier. Depuis la publication en 1996 de « La géographie russe (1845-1917) à l’ombre et à la lumière de l’historiographie soviétique » dans l'Espace géographique, je n'ai jamais renoncé à la perspective de retravailler un jour sur l'histoire de la géographie russe. Mais la tâche est tellement énorme qu'elle ne me semble pas pouvoir être le fait d'un individu isolé. J'avais espéré un temps que Marina Frolova, qui a fait une thèse sur l'objet Caucase dans la géographie russo-soviétique, pourrait être une force motrice dans un projet de ce genre. Cela n'a pas été le cas car elle est passée à autre chose. Aussi, j'avais le souci de mettre à profit ce séjour pour rencontrer les collègues que la thématique intéresse.

C'est peu de dire que ces attentes ont été déçues. J'ai assisté à un certain nombre de sessions de la commission « histoire de la géographie », toutes présidées par l'inamovible Alexeï Postnikov. Ce qui fut présenté par des collègues russes avait un caractère très descriptif et dénué de toute problématique ou esprit critique. Il s'agissait de célébrer les travaux et les jours de géographes et explorateurs du passé, en relatant par le menu leurs faits et gestes, les enjeux matériels de leur travail, en présentant aussi un certain nombre de réalisations, cartographiques pour l'essentiel. Je me souviens en particulier d'une présentation très monotone d'une collection de cartes européennes réalisées entre le XVe et le début du XVIIIe siècle qui figurent des toponymes et ethnonymes comprenant le terme "tartar" (ou "tatar"), qui a duré trois quarts d'heure et a consisté exclusivement en une présentation de documents, avec un commentaire centré sur la position relative de ce nom. Il n'y avait aucune réflexion sur les enjeux politico-historiques ou cognitifs de cette désignation. Autre déception, une communication centrée sur la figure ô combien essentielle de Dmitriï Nikolaïévitch Anoutchine, qui était aussi riche de contenu qu'un exposé d'élève de collège. Par ailleurs, la teneur des "débats" a montré qu'il était toujours aussi difficile aujourd'hui d'examiner des enjeux sociaux et idéologiques quand on aborde ce passé scientifique. Le chairman a fait montre d'un nationalisme assez confondant, multipliant les formules qui ancraient les hommes du passé dans un commun (ainsi l'usage du possessif "notre" dont l'insistance vient souligner l'importance patrimoniale des "hommes remarquables" - zamiétchatel'nyïé lioudi - du passé : "notre grand géographe", "notre universitaire", "il est des nôtres"). D'ailleurs le mouvement de jeunesse poutinien est souvent appelé "nachi" (les nôtres), ce qui est une façon très russo-soviétique d'afficher un nationalisme ombrageux en quelque sorte invisible à lui-même, puisqu'il n'a même pas besoin d'user d'autre chose que d'un possessif d'une banalité limpide.

Je me suis laissé dire que mon sentiment avait été ressenti dans d'autres sessions, en tout cas en ce qui concerne les énumérations descriptives plates. Sans doute peut-on interpréter l'impression de stagnation (sinon de régression) que donne la géographie russe par la crise particulièrement sévère que traversent l'université et la recherche russes depuis plus de deux décennies. Si certains secteurs du développement national ont connu un redressement spectaculaire, il n'en va pas de même pour des activités dont la valorisation économique est faible, ce qui est particulièrement le cas pour la production de savoirs gratuits. Dans ces conditions, comme me l'a confirmé Vladimir Kolossov, plus personne ne peut se permettre de concentrer son travail sur une activité aussi dénuée d'enjeu que l'histoire de la géographie. Restent quelques retraités longuement durcis dans un moule soviétique et des jeunes étudiants que l'on bizute en leur faisant prononcer des exposés sur les vieilles gloires de "notre histoire" (enfin, la leur...). Ce n'est déjà pas facile de faire de l'histoire des sciences dans un pays aussi bien doté que la France, alors en Russie, après trente ans de difficultés considérables, il n'y a rien de surprenant. Rétrospectivement, c'est ma naïveté et mon enthousiasme initiaux qui me posent question. Encore fallait-il aller voir.

Reste le nationalisme. J'ai la faiblesse de penser que la culture et l'habitude de travailler à des sujets complexes constituent des garde-fous non pas systématiques mais néanmoins tendanciellement efficaces. Je n'ai pas eu suffisamment d'occasions de parler de manière approfondie avec des collègues russes durant ces quelques jours (ce séjour était trop court et insuffisamment immersif pour ce faire) pour pouvoir me faire une idée précise. Mais en tout cas j'ai pu constater que le réflexe "nachi" était là aussi chez des "savants", en particulier âgés. Effet d'une marginalisation sociale particulièrement cruelle ? C'est difficile à dire. Le 20 août, j'ai participé à une visite en autocar de la ville avec un public constitué quasi exclusivement de russophones (car le guide ne parlait pas d'autre langue). C'était supposé être une excursion scientifique avec un conférencier prisé. Pourtant, mis à part quelques considérations géomorphologiques assez sommaires, le propos de ce monsieur a consisté essentiellement à désigner des lieux, à rappeler le passage de "notre grand homme" (écrivain, savant, prêtre ou dignitaire soviétique, etc., illustre) à tel endroit (fût-ce anecdotique), ou encore à relater longuement la renaissance de tel ou tel lieu de culte. Lors de la visite du magnifique couvent de Novodiévitchi, sa principale activité a consisté à permettre à ceux qui le souhaitaient d'aller se recueillir à l'intérieur des églises, ayant d'emblée annoncé qu'il n'aurait pas le droit de nous faire un exposé (qui de toute façon aurait été factuel et sans intérêt). La bigoterie du bonhomme a d'ailleurs fini par lasser la plupart des participants, qui l'ont envoyé sur les roses à sa énième proposition de visiter une église de quartier. Le développement urbain de la ville n'a jamais été évoqué, sinon dans des formulations très sommaires. Au moment de passer devant une mosquée, le guide nous a déclaré en substance : « Aujourd'hui, il y a deux millions de musulmans à Moscou (sur 12 millions). C'est un vrai problème. Bon, il nous faut nous montrer tolérants... » Il y avait par ailleurs un Ukrainien dans le groupe, très discret et réservé. Au moment de remonter dans le car près du mont des Moineaux, avant de retourner à l'université Lomonossov et de mettre un terme à l'excursion, le guide s'est aperçu que l'Ukrainien avait disparu. Et d'interpeller le groupe : « Nous avons perdu notre collègue ukrainien. Voulez-vous qu'on l'attende ? Bon, il nous faut montrer tolérants. » Sur quoi, dans un contexte atone, le car est reparti...

Je ne veux pas rester sur cette noté désabusée. La ville de Moscou a incroyablement changé. Elle accueille une diversité humaine significative. Les jeunes Russes ressemblent aux jeunes du monde entier et nul doute que les nouvelles générations auront un jour la possibilité de s'affranchir de cette chape nostalgique et acrimonieuse qu'il est aisé de ressentir (à condition de parler la langue). Quelques échanges m'ont permis de constater à quel point demeure chez de nombreux Russes cette curiosité et cette chaleur humaine que j'avais tant appréciées lors de mes précédents voyages.

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La Russie au CAPES et à l'agrégation : une bibliographie sommaire

 

Sont précédés d'une astérisque les ouvrages qui me semblent véritablement utiles sur la question. Il n'y a pas d'articles isolés dans cette biblio, alors que la production de pointe est publiée sous cette forme. On comprendra donc qu'il n'y a rien d'exhaustif dans ce qui vous est proposé ici. C'est un pis-aller en attendant la publication dans quelques mois de la bibliographie "officielle" dans Historiens et géographes.

I Généralités


W. ANDREFF, dir., Analyse économique de la transition postsocialiste, La Découverte, 2002.

W. ANDREFF, Le secteur public à l’Est. Restructuration industrielle et financière, L’Harmattan, « Pays de l’Est », 2004.

F. BAFOIL, Le postcommunisme en Europe, La Découverte, « Repères », 1999.

* R. BRUNET & V. REY, Europe centrale et orientale, vol. 10 de la Nouvelle Géographie universelle, Belin - Reclus, 1996.

B. CHAVANCE, dir., La Fin des systèmes socialistes, L’Harmattan, « Pays de l’Est », 1994.

B. CHAVANCE, É. MAGNIN, R. MOTAMED-NEJAD & J. SAPIR, dir., Capitalisme et socialisme en perspective. Évolution, et transformations des systèmes économiques, La Découverte, 1999.

COLLECTIF, « Intégration territoriale en Europe de l’Est et en Union soviétique », Bulletin de la Société languedocienne de géographie, 1987, n° 1-2.

J.-P. DEPRETTO, Pour une histoire sociale du communisme, L’Harmattan, « Pays de l’est », 2001.

M. DREYFUS et alii, Le siècle des communismes, Les éditions de l’atelier, 2000.

M. FOREST & G. MINK, dir., Post-communisme : les sciences sociales à l’épreuve, L’Harmattan, « Pays de l’Est », 2004.

É. HOBSBAWM, L’âge des extrêmes. Histoire du court xxe siècle, Bruxelles, éd. Complexe, 1994.

M. LEWIN, Le Siècle soviétique, Fayard/Le Monde diplomatique, 2003.

J.-P. PAGÉ & J. VERCUEIL, De la chute du mur à la nouvelle Europe. Économie politique d’une métamorphose, L’Harmattan, « Pays de l’Est », 2004.

J. RADVANYI & V. REY, Régions et pouvoirs régionaux en Europe de l’est et en URSS, Masson, 1989.

M. ROUX (ss la direction de), Nations, État et territoire en Europe de l’Est et en URSS, L’Harmattan, coll. « Pays de l’Est », 1992.

 

Revue Le Courrier des pays de l’Est, Revue d'études comaparatives Est-Ouest, Cahiers du Monde russe, Postsoviet geography


II Russie et ex-URSS

1°) Sur l’histoire de l’URSS

* N. WERTH, Histoire de l’Union soviétique, P.U.F., 3e éd., 2004.

C. Bettelheim, Les luttes de classe en URSS. 3e période 1930-1941, Maspéro, 1982-1983.

* A. BLUM, Naître, vivre et mourir en URSS, Petite bibliothèque Payot, 1994, rééd. 2004 (poche).

B. CHAVANCE, Le système économique soviétique, de Brejnev à Gorbatchev, Nathan, coll. « Circa », 1989.

S. DULLIN, Histoire de l’URSS, La Découverte, « Repères », 1994.

M. LEWIN, La formation du système soviétique, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1987.

* M. LEWIN, La grande mutation soviétique, La Découverte, 1989.

* M.-C. MAUREL, Territoire et stratégies soviétiques, Économica, 1985.

G. NIVAT, Russie-Europe : la fin du schisme, Lausanne, éd. L’Âge d’homme, 1993.

J. SAPIR, Les fluctuations économiques en URSS, 1941 - 1985, Éditions de l’EHESS, 1989.

* J. SAPIR, L’économie mobilisée, La découverte, 1990.

* J. SAPIR, Retour sur l’URSS. Économie, société, histoire, L’Harmattan, Collection « Pays de l’Est », 1997.

J.-L. VAN REGEMORTER, D’une perestroïka à l’autre : l’évolution économique de la Russie de 1860 à nos jours, SEDES, 1990

C. VAÏSSIÉ, Pour votre liberté et pour la nôtre. Le combat des dissidents de Russie, Paris, Robert Laffont, 2000.

* A. VICHNEVSKI, La faucille et le rouble. La modernisation conservatrice en URSS, Gallimard, « Bibliothèque des Histoires », 2000.


2°) Références « totalitariennes »

H. ARENDT, Les origines du totalitarisme, t. 3 : Le système totalitaire, Le Seuil, 1972, rééd. coll. Points essais, 1995, n° 307.

H. ARENDT, La nature du totalitarisme, Payot, Petite bibliothèque philosophique, 1990.

A. BESANÇON, Présent soviétique et passé russe, Hachette, Pluriel, 1980.

A. BESANÇON, Anatomie d’un spectre. L’économie politique du socialisme réel, Calmann Lévy, 1981.

F. FURET, Le passé d’une illusion. Essai sur l’idée communiste au xxe siècle, Robert Laffont / Calmann Lévy, 1995, rééd. Le livre de poche, 1998.

C. LEFORT, La complication. Retour sur le communisme, Fayard, 1999.

M. MALIA, La tragédie soviétique. Histoire du socialisme en Russie 1917-1991, Le Seuil, L’Univers historique, 1995, rééd. coll. Points histoire, 1999, n° 257.


3°) Sur la Russie contemporaine

A. BERELOWITCH & M. WIEVIORKA, Les Russes d’en bas. Enquête sur la Russie post-communiste, Le Seuil, coll. « L’épreuve des faits », 1996.

A. BERELOWITCH & J. RADVANYI, dir., Les 100 portes de la Russie. De l’URSS à la CEI, les convulsions d’un géant, éd. de l’Atelier, 1999.

Y. BREAULT, P. JOLICOEUR & J. LEVESQUE, La Russie et son ex-empire, Presses de sciences-po, 2005.

R. BRUNET,  La Russie nouvelle, La documentation photographique, n° 7025, octobre 1994.

R. BRUNET, D. Eckert, V. KOLOSSOV, Atlas de la Russie et des pays proches Montpellier-Paris, Reclus - La Documentation Française, 1995.

R. BRUNET, La Russie : dictionnaire géographique, CNRS Libergéo/La documentation française, 2001.

COLLECTIF, « La Russie, dix ans après », Revue Hérodote, 2002, n° 104.

COLLECTIF, « Russie : la dictature de la loi », Revue L’Économie politique, n° 21, janvier 2004.

COLLECTIF, « La Russie de Poutine », Revue Pouvoirs, n° 112, éds du Seuil, janvier 2005.

D. ECKERT & V. KOLOSSOV, La Russie, Flammarion, coll. « Dominos », 1999.

* D. ECKERT, Le Monde russe, Hachette supérieur, "Carré géographie", 2005, rééd. 2007.

* D. ECKERT, La Russie, Hachette supérieur, "Recueils pour les concours", 2007.

G. FAVAREL-GARRIGUES, dir., Criminalité, police et gouvernement : trajectoires post-communistes, L'Harmattan, 2003.

* G. FAVAREL-GARRIGUES & K. ROUSSELET, La Société russe en quête d’ordre, CERI / Autrement, 2004.

M. FERRO & M.-H. MANDRILLON, Russie, peuples et civilisations, La découverte/Poche, 2005.

É Gessat-Anstett, Liens de parenté en Russie post-soviétique. Une enquête ethnographique, L’Harmattan, « Nouvelles études anthropologiques », 2004.

A. GRIGORIANTZ, Les Caucasiens. Aux origines d'une guerre sans fin, in-folio, coll. "Illico", 2006.

* B. KAGARLITSKIÏ, La Russie aujourd'hui. Néolibéralisme, autocratie et restauration, Parangon, 2004.

* M. LARUELLE & S. PEYROUSE, Les Russes du Kazakhstan. Identités nationales et nouveaux états dans l’espace post-soviétique, Maisonneuve & Larose, 2004.

A. LE HUEROU et alii, Tchétchénie, une affaire intérieure ?, CERI/Autrement, 2005.

C. LOCATELLI, Énergie et transition en Russie : les nouveaux acteurs industriels, L’Harmattan, « Pays de l’Est », 1998.

M. MENDRAS, dir., Russie, le gouvernement des provinces, Genève, CRES, 1997.

* M. MENDRAS et alii, Comment fonctionne la Russie ? Le politique, le bureaucrate, l’oligarque, CERI / Autrement, 2003.

P. MELANI, dir., Famille et société dans l'espace est-européen et la CEI, n° spécial de Slavica occitanica, 2005

* J. RADVANYÏ, La nouvelle Russie. L’après 1991 : un nouveau « temps des troubles » ?, Masson / Armand Colin, 1996. Réédité en 2000.

J. RADVANYÏ, De l’URSS à la CEI : 12 États en quête d’identité, Ellipses, 1997.

J. RADVANYÏ, dir., Les États postsoviétiques…, Armand Colin, 2003.

J. RADVANYI et G. WILD, La Russie entre deux mondes, La documentation photographique, n° 8045, 2005.

* M.-P. REY, dir., Les Russes de Gorbatchev à Poutine, Armand Colin, 2005.

M. ROCHE, Thérapie de choc et autoritarisme en Russie. La démocratie confisquée, L’Harmattan, 2000.

* J. SAPIR, Le chaos russe, La Découverte, 1996.
J. SAPIR, Le krach russe, La Découverte, 1998.

A. SUERGUEEVA, Qui sont les Russes ?, Max Milo, "L'inconnu", 2006.

G. SOKOLOFF, Métamorphoses de la Russie, 1984-2004, Fayard, 2004.

A. de TINGUY, La grande migration. La Russie et les Russes depuis l’ouverture du rideau de fer, Plon, 2004.

* J. VERCUEIL, Transition et ouverture de l’économie russe (1992-2002). Pour une économie institutionnelle du changement, L’Harmattan, « Pays de l’Est », 2002.


III Quelques références littéraires (pour les amateurs)

1°) Littérature dite « concentrationnaire »

Anna AKHMATOVA, Requiem (poème), Minuit, ed. bilingue, 1991.

Varlam CHALAMOV, Les Récits de la Kolyma, nouvelle édition (intégrale), Verdier, 2003.

Ante CILIGA, Dix ans au pays du mensonge déconcertant, éditions Champ libre, 1977 (réédition de Au pays du grand mensonge [1938] et Sibérie, terre de l’exil et de l’industrialisation [1950]).

Victor KRAVTCHENKO, J’ai choisi la liberté, Self, 1947.

Andrée SANTAURENS, Dix-sept ans dans les camps soviétiques, Gallimard, 1963.

Alexandre SOLJÉNITSYNE, L’Archipel du goulag, 3 t., Le Seuil, 1974 et 1976.

Boris SOUVARINE, Bilan de la terreur en URSS, Librairie du travail, 1936.


2°) Grands écrivains contemporains de la période 1917-1940

Andreï BIÉLYÏ, Petersbourg, Lausanne, L’Äge d’homme, « Classiques slaves », 1967 ; rééd. poche : Le Seuil, coll. « Points roman », 1986.

Iouriï TYNIANOV, La mort du Vazir-Moukhtar, Gallimard, 1969 ; rééd. poche : folio, 1978, n° 1073.

Isaac BABEL, Cavalerie rouge, Lausanne, L’Äge d’homme, « Classiques slaves », 1972, 1992 ; rééd. poche : Le Seuil, coll. « Points roman », n° 227.

Mikhaïl BOULGAKOV, Le Maître et Marguerite, Robert Laffont, « Pavillons » ; rééd. poche : Le livre de poche, coll. Biblio » ou 10/18.

Vladimir NABOKOV, Invitation au supplice, Gallimard, 1960 ; rééd. poche : coll. Folio, 1980, n° 1172.

Iouri OLIÉCHA, L’Envie, Lausanne, L’Äge d’homme, « Classiques slaves », 1992 ; rééd. poche : Le Seuil, coll. « Points roman ».

Boris PILNIAK, L’année nue, Gallimard, 1926 ; nouvelle trad. au Seuil, revue Autrement, 1996.

Boris PILNIAK, Les chemins effacés, Lausanne, L’Äge d’homme, « Classiques slaves », 1978.

Andreï PLATONOV, Tchevengour, Robert Laffont, « Pavillons », 1996.

Evguiéniï ZAMIATINE, Nous autres, Gallimard, 1971 ; rééd. poche : coll. L’imaginaire, 1979, n° 39.


3°) Période post-stalinienne

Vassili AXIONOV, Les Oranges du Maroc, Actes Sud, « Babel », 2003.

Vassili GROSSMANN, Vie et destin, Presses Pocket, 1984.

Valentin RASPOUTINE, L’adieu à l’île, Robert Laffont, « Pavillons », 1979.
Olga SEDAKOVA, Voyage à Tartu & retour, Clémence Hiver, 2005.

Alexandre SOLJÉNITSYNE, La maison de Matriona (et autres nouvelles), Presses Pocket, 1976.

Alexandre SOLJÉNITSYNE, Le pavillon des cancéreux, Presses Pocket, 1980.

Vladimir TENDRIAKOV, Le Printemps s’amuse et autres nouvelles, Gallimard, Littérature soviétique, 1982.


4°) Parmi les contemporains

Victor ÉROFIÉEV, La Belle de Moscou, Albin Michel, 1990.

Victor ÉROFIÉEV, La vie avec un idiot, Albin Michel, « Les Grandes traductions », 1992.

Victor ÉROFIÉEV, Le Jugement dernier, Albin Michel, « Les Grandes traductions », 1996.

Alexandre IKONNIKOV, Dernières nouvelles du bourbier, Le Seuil, « Points roman », 2004.

Lioudmila OULITSKAÏA, Sonietchka, Gallimard, 1998, rééd. en « Folio ».

Sviétlana ALÉXIÉÏÉVITCH, La Supplication, J’ai Lu, 2000.

Sviétlana ALÉXIÉÏÉVITCH, Les Cercueils de zinc, Christian Bourgois, 2002.
 

 

5°) Témoignages
     Anne BRUNSWIC, Sibérie. Un voyage au pays des femmes, Actes Sud, 2006.
    Anne NIVAT, La Maison Haute. Des Russes aujourd'hui, rééd. Le livre de poche, 2004.
    Anna POLITOVSKAÏA, Douloureuse Russie. Journal d'une femme en colère, Buchet Chastel, 2006.
    Olga SEDAKOVA, Voyage à Tartu & retour, Clémence Hiver, 2005.
    Jean-Pierre THIBAUDAT, Rien ne sera plus jamais calme à la frontière finno-chinoise, Christian Bourgois, 2002
   

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La Russie au CAPES et à l'agrégation

Cela fait 15 ans que j'attendais ça. C'est fait ! La Russie est au programme de l'agrégation de géographie et au CAPES pour deux ans, et pour un an à l'agrégation d'histoire. Le russophone, russologue et russophile (désenchanté) que je suis ne peut que se réjouir qu'ait enfin cessé un ostracisme qui était toujours justifié par les "turbulences" dans lesquelles était plongé le pays. Drôle de justification. J'espère surtout qu'à l'issue de ces deux ans les enseignants du secondaire daigneront se remettre à enseigner la géographie des pays issus de l'ex-URSS. Il ne s'agit pas seulement de faire passer une culture, il s'agit aussi d'exposer une configuration géographique exceptionnelle : un énorme pays a été démembré sans que cela dégénère en guerres massives (même si ce qui s'est passé en Tchétchénie, en Transcaucasie et au Tadjikistan n'est pas plus réjouissant que les guerres civiles post-yougoslaves) ; étudier les répercussions spatiales et territoriales de cette implosion est un cas d'école absolumment magnifique.
Je ne me fais pas d'illusion sur les gains cognitifs à attendre de cette situation. J'ai tendance à penser que l'inscription d'un sujet au programme des concours a tendance, le plus souvent, à renforcer les représentations conformistes et à indurer les stéréotypes. En plus, une petite poignée de plumitifs a pour habitude de publier régulièrement des ouvrages, collectifs ou solitaires, dont le seul objectif est de ramasser la manne financière induite par ces effets d'aubaine répétés. Je voudrais le dire haut et fort aux impétrants qui auront l'occasion de me lire : méfiez-vous de ces auteurs qui publient sur n'importe quoi, et tout particulièrement quand les ouvrages apparaissent dans les 6 à 9 mois qui suivent la publication d'un nouveau sujet. Ne vous laissez pas plumer par des gens sans déontologie qui ont besoin de cash pour se faire construire une piscine !
Je regrette que les décideurs de l'Education nationale n'aient pas associé l'Ukraine et la Belarus à la Russie : cela aurait permis d'utiles comparaisons. Je vais me faire haïr par tous ceux qui se plaignent que les programmes sont trop chargés. Sauf que dans une large mesure, isoler la trajectoire de la seule Russie est problématique. A bien des égards, on pourrait dire qu'elle constitue un système territorial relicte, brusquement fragmenté en 1991-1992 - ce qui a généré des problèmes de cautérisation (économique, sociale, démographique, etc.) qui sont loin d'être réglés 15 ans après. Même si le traitement de 12 ou 15 républiques eût été too much, s'en tenir aux trois nations "slaves" aurait constitué un minimum. Je tiens à préciser que M. Vladimir Poutine n'a pas sponsorisé mon idée et que ce n'est pas une nostalgie pan-russienne qui motive mon avis. Comprendre ce qui s'est passé en Russie n'a d'intérêt que dans la mesure où l'on peut ébaucher des comparaisons, afin d'éviter les analyses dévoyées sur les idiosyncrasies russes. Après tout, ce sont les mêmes élites issues du PCUS (parti communiste de l'Union soviétique) qui se sont redéployées et repositionnées un peu partout à partir de 1989-1990. Ce sont les mêmes alternatives économiques et politiques qui se sont posées dans tous les pays devenus indépendants. La seule différence tient au gigantisme russe et aux prétentions hégémoniques de ses dirigeants, ainsi qu'à leur pouvoir de nuisance : depuis 1992, la Russie soutient la quasi-totalité des irrédentismes et guerres civiles chez ses voisins de l'étranger proche (blijéïé zaroubiéjio), à l'exception des "wahhabismes" (terme que les Russes utilisent pour stigmatiser toute interférence de l'Islam dans un conflit).
Au débotté, mon expérience de 10 ans d'enseignement sur les pays issus de l'ex-URSS m'amènerait à faire quelques diagnostics et recommandations pour ceux, préparateurs ou étudiants, qui vont s'atteler à la question.
1°) Sur ce sujet-là, force est de constater que la littérature géographique est particulièrement réduite. En France, seuls trois géographes émergent, Jean Radvanyï, Roger Brunet et Denis Eckert. J'ai beaucoup d'estime pour leurs travaux, à bien des égards très différents. Jean Radvanyï et Denis Eckert ont fait un gros effort de vulgarisation et proposé les seuls manuels de valeur sur le sujet. Je regrette le caractère à mes yeux trop exhaustiviste et déproblématisé des ouvrages de Jean Radvanyï, même si j'ai une grande admiration pour son effort de documentation et d'érudition. C'est quelqu'un qui maîtrise parfaitement ses dossiers. En revanche, je suis géné par la transparence politique de ce qu'il écrit. Le Géant aux paradoxes (1982) était un ouvrage plutôt pro-soviétique, La Nouvelle Russie (1996) manque d'analyses critiques sur le régime eltsinien. Certains articles, notamment pour Le Monde diplomatique, montraient une plume plus critique. Je regrette que la production de cet auteur ressortisse encore trop à un certain classicisme, politiquement neutre et encyclopédique. La production de Denis Eckert est plus incisive. Je trouve que son manuel dans la collection "Carré géographie" chez Hachette est remarquable. En outre, il a mis à disposition de nombreux textes traduits du russe, ce qui me semble précieux. En général, il fait un gros travail de médiation des travaux de géographes russes vers la France, entreprise qui me semble tout à fait nécessaire. Roger Brunet, quant à lui, a écrit l'essentiel du demi-volume de la Géographie universelle consacré à la Russie et à ses voisins immédiats. Je crois qu'il y a une différence entre le fait de dédier sa carrière de chercheur à la Russie - ce qui implique d'en parler la langue -, et un intérêt plus circonstanciel pour le pays. Roger Brunet est devenu un bon connaisseur de cette région du monde et il a des réflexes que j'admire par rapport à la littérature "russologique". En outre, il a su tenir le cap d'une lecture spatiale des territoires post-soviétiques. Pour autant, même si je recommande vivement la lecture de ses ouvrages sur la Russie, comme il ne s'est pas inséré dans le champ transdisciplinaire des spécialistes du pays, je ne le classerais pas stricto sensu comme tel. Marie-Claude Maurel en revanche a commencé sa carrière comme spécialiste de l'URSS, mais elle a bifurqué après la publication de son maître-livre de 1982, Territoire et stratégies soviétiques. Je regrette qu'une spécialiste de cette valeur soit passée à autre chose, mais il n'est pas de mon ressort de porter une appréciation sur ce qui relève d'un choix personnel. D'autres géographes français ont publié sur la Russie, mais soit ils se sont cantonnés à un abord très segmenté, soit ils ont publié des choses fort dispensables comme le manuel de C. Cabane et E. Tchistiakova. Vladimir Kolossov est bien connu en France, parce qu'il est francophone et a longuement vécu ici. C'est une très grande pointure de la géographie de la Russie et des pays proches, reconnu internationalement.
2°) La faiblesse numérique des géographes travaillant sur la Russie fait contraste avec l'excellence française dans d'autres disciplines, en histoire et en économie politique tout particulièrement. De Marc Ferro à Natacha Laurent, en passant par Wladimir Berelowitch, Lilly Marcou, Jean-Pierre Depretto, Nicolas Werth, Sabine Dullin, Marie-Hélène Mandrillon et bien d'autres, l'historiographie française est l'une des meilleures au monde. Du côté des économistes, Jacques Sapir est pour moi le plus grand spécialiste français de la Russie actuelle, même si je trouve que son crédo anti-libéral le rend parfois par trop aveugle à l'actuelle dérive politique autoritaire. Il n'est pas le seul économiste politique à avoir produit des oeuvres conséquentes. C'est toute une sensibilité qui s'est développée, depuis les travaux fondateurs de Charles Bettelheim sur Les luttes de classes en URSS (1974-1983), lui-même inspiré par Moshe Lewin, Alec Nove et quelques autres. Parmi ces générations d'économistes, marqués par une sensibilité d'ensemble marxiste ou régulationniste, avec un fort historicisme, je pourrais évoquer Ramine Motamed-Nejad, Bernard Chavance, et, pour les plus jeunes, Julien Vercueil. Dans d'autres domaines on trouve d'autres pointures : Alain Blum en démographie, Michel Wieviorka, Alexis Berelowitch, Gilles Favarel-Garrigues et Kathy Rousselet en sociologie, Marie Mendras et Véronique Garros en sciences politiques. Enfin, il y a d'excellents spécialistes de questions transversales ou régionales comme Marlène Laruelle (sur le rapport de la Russie à l'Orient et à l'Islam), Charles Urjewicz (sur le Caucase), Boris Cichlo (la Sibérie), etc.
3°) Une hypothèque pèse lourdement sur toute compréhension présente et passée de la Russie. C'est celle de l'interprétation du communisme. De deux choses l'une : soit l'on considère que le communisme est l'expérience politico-historique qui s'est inventée en URSS entre 1917 et 1944, puis s'est diffusée dans une partie du monde, et auquel cas les "propriétés" de ce communisme sont extrêmement diverses et variables ; soit l'on considère que le communisme est une idéologie, inventée par Marx, développée par Lénine, et mise en pratique en URSS de 1917 à 1991. Dans le premier cas, je n'y vois pas d'objections, sachant que le label a alors une vocation très englobante et a une dimension historique irréductible. Dans le second cas, il y a premièrement un problème de distinction sémantique entre "socialisme" et "communisme" qu'il importe de travailler sérieusement. Ensuite, un ensemble de travaux d'historiens (M. Lewin en étant la figure centrale) a montré qu'il n'y avait jamais eu application d'un programme idéologique pré-déterminé en URSS, mais ajustement opportuniste de lignes idéologiques diverses, au gré des circonstances et en fonction des luttes d'influence au sein des hautes sphères du pouvoir. Il n'y a qu'entre 1934 et 1953 qu'un certain monolithisme idéologique a peu ou prou perduré, durant la période la plus sombre de l'URSS, celle du stalinisme triomphant. Par ailleurs, les économistes ont nettement montré qu'il n'y avait rien de commun entre l'idée de "socialisme" - telle qu'elle existe chez Marx et la plupart des théoriciens du socialisme - et le fonctionnement économique de l'URSS, de 1917 à la Perestroïka. Je ne développerai pas ceci pour l'instant mais ils ont identifié là un capitalisme d'Etat mobilisant l'économie selon un schéma qui rappelle fortement les pratiques des Etats européens durant la première guerre mondiale.
Par voie de conséquence, la thèse développée tant par les thuriféraires de l'URSS que par ses détracteurs, de Richard Pipes et Martin Malia à François Furet et Stéphane Courtois, selon laquelle l'URSS aurait été une expérience d'application d'une idéologie à une nation, ne tient absolument plus la route. La question de l'idéologie soviétique, de son uniformité ou de ses variations, de son statut et de ses modes opératoires, etc., reste posée. Elle est même fondamentale. En revanche, la façon dont les traditions politistes ont fait sur-signifier le caractère soi-disant normatif et donné de l'idéologie est rien d'autre qu'un discours idéologique de plus ! De ce point de vue, le livre de François Furet, Le passé d'une illusion, est un exemple de ce qu'il ne faut pas faire. En plus, Furet était ignare sur l'URSS. Tout à sa réfutation d'une histoire sociale et à la réhabilitation d'une histoire politico-idéologique, il a fait passer l'objet "URSS" par le lit de Procuste de ses combats hexagonaux. Il est temps de démasquer la supercherie de haut vol qu'a été la production de cet idéologue de droite. Autre baudruche qu'il importe de dégonfler : madame l'académicienne Hélène Carrère d'Encausse, qui nous a été présentée comme celle qui avait "prédit" l'éclatement de l'URSS dans son livre éponyme de 1979, L'Empire éclaté. Si nos brillants journalistes étaient allés y voir de plus près, ils se seraient rendu compte que la thèse de madame Carrère d'Encausse consistait à comparer les évolutions démographiques des populations slaves et asiatiques et à prédire que ces dernières deviendraient majoritaires un jour et demanderaient alors leur indépendance. Manque de bol pour cette dame éminente, ce sont les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses qui ont voulu la mort de l'URSS, alors que les habitants des républiques d'Asie centrale demeuraient très attachées au système. Bref, on l'a créditée pour un énorme contresens reposant sur une lecture d'un simplisme éhonté. Je tiens à signaler qu'elle a publié nombre de biographies extrêmement contestables du point de vue historique, notamment son Nicolas II. On a les "spécialistes" qu'on mérite. D'ailleurs, il y aurait aussi beaucoup à redire concernant des personnages comme Alexandre Adler ou Bernard Guetta, qu'on invite es-qualités sur le sujet de la Russie, alors que ce sont au mieux des publicistes et des faiseurs d'opinion.
Par ailleurs, les lectures "idéologiques" butent sur un obstacle explicatif qui devrait les discréditer définitivement : comment expliquer que les nomenklaturistes soviétiques aient été les premiers à retourner massivement leur veste et à se convertir à l'idéologie du marché, parfois dès les années 1980 ? Comment expliquer que les gardiens du temple aient été les premiers à le déserter et par la suite les principaux bénéficiaires des mutations ultérieures ? Si une quelconque idéologie avait gouverné l'action du système de manière rigide et programmatique, celui-ci ne se serait pas effondré si vite. Ou alors il faut faire l'hypothèse ad hoc d'une dénaturation du régime, soit à partir du XXe congrès (1956), soit durant les années de zastoï (stagnation), qui débutent aux alentours de 1974. Je trouve qu'il y aurait là une facilité pour une interprétation qui suppose la rigidité idéologique.
4°) Tout ceci m'amène à insister sur le fait qu'une préparation efficace et pertinente implique une très bonne connaissance de l'évolution de l'URSS, au moins depuis les années 1960, et la lecture d'auteurs non géographes. A ce titre, les indispensables seraient Nicolas Werth (son Histoire de l'Union soviétique aux PUF, au moins les chapitres XI et XII), Alain Blum (Naître, vivre et mourir en URSS, disponible en poche), Jacques Sapir (au minimum L'économie mobilisée et Le Chaos russe, en attendant la nécessaire ré-actualisation de celui-ci), Julien Vercueil (Transition et ouverture de l'économie russe 1992-2002), Marie Mendras (Comment fonctionne la Russie?), sans négliger le déjà daté Les Russes d'en bas de A. Berelowitch et M. Wiewiorka et la synthèse dirigée par Marie-Pierre Rey, Les Russes, de Gorbatchev à Poutine. Je recommanderais aussi en seconde ligne le livre brillantissime d'Anatoliï Vichnievskiï, La Faucille et le rouble, mais il faut être déjà bon connaisseur de l'histoire de la Russie pour en tirer profit.

Ces conseils de lecture, exclusivement universitaires, ne saurait suffire à qui voudrait comprendre ce que la transition signifie dans la vie quotidienne des anciens citoyens d’Union soviétique. D’autres sources, d’autres regards sont dans ce cas fort précieux. Les cinéastes soviétiques ont réalisé des films innombrables sur le quotidien de leur pays. Le chef d’œuvre inégalé du genre est Le syndrome asthénique de Kira Mouratova, film difficile, souvent à la limite du supportable, mais qui dit l’essentiel avec une extraordinaire économie de moyens. Le film de Vitaliï Kanievskiï, Bouge pas, meurs et ressuscite, censé se passer dans les années 1950, nous dit aussi énormément sur la fin des années 1980. Sur un mode plus léger, La petite Véra de Vassili Pitchoul, réalisé aux débuts de la Perestroïka, est une chronique douce-amère sur la jeunesse de l’époque. Depuis quelques années, l’extraordinaire éclosion qui avait accompagné la perestroïka a cédé globalement la place à un cinéma commercial, qui refuse ostensiblement les sujets « sociaux », réputés peu vendeurs. On fera une exception pour les comédies de Iouri Mamine (Délits de fuite, Une fenêtre sur Paris, etc.). Quant aux grands cinéastes censurés de l’époque brejnévienne, ils sont morts (Sergueï Paradjanov, Andreï Tarkovskiï) ou ne tournent plus guère (Alexieï Guerman, Kira Mouratova, voire Konstantin Lopouchanskiï), laissant la place à un cinéma racoleur (Pavel Lounguine) ou à des travaux d'esthètes peu intéressés par les questions sociales (Alexandre Sokourov, Andreï Zviaguintsev). Après quelques années fastes, le cinéma post-soviétique est mal diffusé en France, faute de public. On notera ainsi que certains des derniers opus d’Otar Iosseliani, notamment le très beau Brigands, chapitre VII, ont  été, hélas !, de gros échecs commerciaux en France. Quelques cinéastes surnagent, comme Lidia Bobrova (Dans ce pays-là, Baboussia), Bakhtiar Khoudoïnazarov (Luna Papa, Le Costume), Boris Khlebnikov & Alexeï Popogrebskiï (Koktebel'), Andreï Kravtchouk (L'Italien), etc.

Une autre porte d'entrée intéressante est la littérature. Je ne suis pas de ceux qui voient en elle un moyen de connaissance à proprement parler "géographique". En revanche, je suis convaincu qu'une certaine forme d'immersion culturelle aide à s'approprier un sujet. S'agissant d'un pays qui suscite d'innombrables fantasmes et clichés, lire des écrivains ou des témoignages peut aider à se départir des stéréotypes. Dans la bibliographie, j'ai mis quelques références à des auteurs très contemporains. Je confesse que la littérature russe ultra contemporaine ne me fascine pas des masses : un auteur comme Vladimir Sorokine me semble très surcôté, mais ce n'est pas le seul. A l'issue de la Perestroïka, la littérature russe s'est dévoyée dans une certaine facilité et un goût vendeur pour la provocation. "Faire le russe" pour un public occidental, c'est pathétique. Quelques auteurs me semblent néanmoins valoir le détour : Alexandre Ikonnikov, Ludmila Oulitskaïa, Olga Sédakova, Tatiana Tolstoï.  Il existe aussi de grands témoins, essayistes et pamphlétaires: Svétlana Aléxéiévitch, qui a exploré tous les recoins sombres de l'histoire soviétique, Anna Politovskaïa (récemment assassinée), etc. Je ne suis pas certain de tous les connaître. Il faudrait aussi faire leur place à des écrivains et journalistes français qui connaissent très bien le pays et ont fait des livres bien informé: Anne Nivat (La Maison Haute), Jean-Pierre Thibaudat (Rien ne sera plus jamais calme..., Le goût de Moscou, etc.), Anne Brunswic (Sibérie), Emmanuel Carrère (dont le film Retour à Kotelnitch mérite le détour). Ici, encore, je suis loin de tout connaître. Je pense en revanche qu'il importe de vous mettre en garde contre tout ce qui revêt un aspect sensationnaliste : la Russie est un sujet un peu crapuleux, qui fait vendre comme un sujet de société un peu sordide. Les Russes méritent mieux que cela, car ce n'est pas une nation de semi-clochards alcooliques, racistes et allumés ou de mafieux vulgaires et sans scrupules. Ces espèces "existent" (quoi qu'une analyse sociologique réviserait sérieusement la portée de ces "types" fantasmatiques), mais c'est misère que de réduire un pays et sa population à ces clichés nauséabonds.

La télévision française propose de temps en temps des reportages à sensation sur la situation dans l’ex-URSS (mafia, prostitution, drogue, etc.), qui n'améliorent pas nos représentations sur le pays. Les seuls documentaires vraiment fiables et sérieux sont ceux diffusés par Arte. Il y a quelques années, la série « La vie en face », le mardi soir, avait présenté des reportages extraordinaires sur la Russie, notamment un portrait de quatre femmes vivant à Magadan, dans l’Extrême-Orient russe. Malheureusement, ce type de reportages est chose rare. On pourra trouver de temps en temps un complément radiophonique intéressant sur France-Culture. Demeure aussi la piste du dossier de presse à partir d’un ou plusieurs quotidiens nationaux, tout en sachant le relatif manque d'informations nuancées de la presse française à l’égard des hommes au pouvoir à Moscou. À ce titre, Le Monde diplomatique est sans doute longtemps demeuré le titre le plus libre d’esprit sur le sujet, même s'il périclite actuellement dans des expériences plus idéologiques qu'informatives.
 


Alexieï Guerman : réalisateur, entre autres, de Vingt jours sans guerre et de Mon ami Ivan Lapchine (85). Est sorti sur les écrans français en 1998 son nouvel opus Khroustaliov, ma voiture, film profondément déroutant mais qui mérite le détour. Diffusé sur Arte en février 2001.

Kira Mouratova : réalisatrice de Les longs adieux (65), Brève rencontre (67), Le syndrome asthénique (89), Le milicien sentimental (91).

Otar Iosseliani : réalisateur de Il était une fois un merle chanteur (74) Pastorale (79), Les favoris de la lune, et du récent Adieu, plancher des vaches ! (99)

Konstantin Lopouchanskiï : réalisateur de Lettres d’un homme mort (86) et de Le visiteur du musée (89), disciple de Tarkovskiï.

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